Géopolitique des industries créatives à l’heure de la mondialisaton : Des idées pour agir, des livres pour réfléchir

Géopolitique des industries créatives à l’heure de la mondialisaton

Le 26/07/2010 | Lecture

9782081236172Mainstream, Frédéric Martel, Editions Flammarion

Temps de lecture : une bonne dizaine d’heures, mais c’est le pageturner des vacances. !

Niveau de difficulté: L’écriture est simple. L’essai de Frédéric Martel est un produit mainstream.

Intérêt du livre : faire le tour du monde depuis son bureau, rencontrer tous les dirigeants de l’entertainment et ressortir de la lecture avec des idées subtiles

- De quoi ça parle ?
Le mainstream, c’est ce qui plaît au plus grand nombre : du film à grand spectacle façon Spiderman à la musique mondiale de Lady Gaga ou Madonna en passant par le jeu Qui veut gagner des millions ou le juste prix. Frédéric Martel, sociologue, enseignant et producteur de Masse critique sur France Culture a sillonné le monde pour raconter comment ces produits étaient fabriqués aux Etats-Unis mais aussi comment un peu partout à travers le monde émergent de nouveaux concurrents, candidats eux aussi à la production d’images et de sons mainstream.
Tout le projet du livre est résumé dans cette phrase à propos de la musique pop japonaise : « comme souvent avec l’entertainment, les stratégies, le marketing et la diffusion des produits cultures sont plus intéressants que les contenus eux-mêmes. » Et c’est un peu une saga de l’été, une intrigue de best seller mondialisé que narre Frédéric Martel, n’hésitant pas à se mettre en scène, le tout dans un style volontairement simple pour toucher le plus grand nombre. Irrésumable, le livre est une sorte de road movie à la rencontre des producteurs des industries créatives. Simultanément, Martel raconte brièvement aussi ses impressions de voyages. La première moitié du livre est consacrée aux Etats-Unis des multiplexes cinématographiques du Kansas aux studios hollywoodiens. La seconde partie du livre se consacre aux challengers à travers le monde : Chine et Inde mais aussi pays arabes et Amérique du Sud… Quant à l’Europe, avec son exception culturelle, formule censée résumer une politique et qui traduit plutôt l’absence d’ambition, elle semble à des milliers de kilomètres des évolutions en cours.

On savait depuis longtemps que le show business comme son nom l’indique était un business comme un autre. A l’heure du Mainstream globalisé, le livre de Frédéric Martel montre que cela est plus vrai que jamais.

- Et ça vaut le coup de le lire ?
Plutôt deux fois qu’une. Il y a ceux qui ont des théories sur tout depuis leurs bureaux et ceux qui avant de parler font sept fois le tour du monde. Frédéric Martel appartient incontestablement à cette seconde catégorie. Plutôt que de s’enfermer dans des concepts, il a sillonné le monde, recueilli la parole des dirigeants des plus grands groupes médias. Le résultat est passionnant et tout en subtilité.

Martel rend compte de l’effervescence de ce qu’il préfère appeler industries créatives (plutôt que culturelles, la culture renvoyant à une notion plus élitiste) de Los Angeles à Shanghaï, de Bollywood à Dubaï. Ce faisant, c’est l’effervescence des pays émergents qu’il montre comme jamais, le réveil brésilien ou indien, et les ambiguités chinoises. Les deux chapitres les plus passionnants concernent à mon sens le monde arabe. Frédéric Martel y peint avec une grande subtilité en mélangeant discours officiels et notes de voyages, propos officiels et promenades dans les souks – où l’on trouve, raconte-t-il des rayons de DVD pornos dans les pays pourtant les plus conservateurs – l’étrange rapport entretenu avec les Etats-Unis et leurs industries créatives. Loin des idées binaires Big Mac versus Jihad et autres guerres des civilisations, le récit montre très bien la fascination exercée par le modèle nord américain, sans verser pour autant dans une théorie de l’impérialisme culturel américain qui fleure bon ses années 70.. Fascination mais aussi volonté d’émancipation.

Qui a déjà voyagé et regardé les télévisions par câble dans un hôtel international ne peut être que surpris en regardant les chaînes info arabes ou chinoises, décalque parfait dans la forme de CNN. C’est peut-être là que réside la force des Etats-Unis, dans cette capacité à créer des formats originaux que le monde entier leur envie et copie. Mainstream montre très bien ce paradoxe : pour lutter contre le géant américain, les autres cultures n’ont d’autres moyens que de le copier en l’adaptant plus ou moins. C’est ainsi que Rotana a triomphé de MTV dans les pays arabes, mais en devenant une sorte de MTV.

Le reste du livre est tout aussi intéressant, qu’il parle des stars de la télé US, du cinéma nord américain et de ses liaisons avec le gouvernement et comment il est exporté à travers le monde, jouant avec le protectionnisme des uns et des autres. Les chapitres sur l’Inde et la Chine sont aussi très révélateurs. La fascination virant parfois à la sidération ressenti envers la Chine fait trop souvent oublier l’émergence de l’Inde qui est aussi importante, si ce n’est plus. En matière d’industrie culturelle cela semble tout aussi vrai.
Quelles mystérieuses raisons ont donc poussé Frédéric Martel à rédiger une conclusion très universitaire, comme s’il avait voulu donner des gages à ses lecteurs français ? Un regret d’autant plus grand qu’elle l’amène à avoir des phrases très définitives à rebours du reste de son travail. Juste un exemple : « plus une culture se protège par des quotas ou une censure, plus elle précipite son déclin », écrit-il. Peut-être, mais il aurait fallu le prouver plutôt que l’asséner au détour des vingt dernières pages. La thèse en tout cas est très contestable. Mais bon, ceci étant, il reste 412 pages passionnantes à lire et à méditer.

460 pages 22,50 euros

- Le site de Frédéric Martel où l’on trouvera des compléments utiles sur l’ouvrage.

- Le site de l’émission Masse critique où l’on peut écouter de passionnants podcasts.

cbys

bulle Reactions
  1. Voyance serieuse | 18 janvier 2011 à 13:05

    bonjour;
    je vous remercie pour ce magnifique blog, que je trouve d’ailleurs très intéressant.

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