Bientôt ce sera trop tard : Des idées pour agir, des livres pour réfléchir

Bientôt ce sera trop tard

Le 10/02/2011 | Lecture

finchelstein

Gilles Finchelstein, La dictature de l’urgence, Fayard

Temps de lecture : 2 à 3 heures

Niveau de difficulté: accessible à tous, pourvu que le lecteur ait un peu de goût pour l’abstraction.

Intérêt du livre : l’auteur étant un proche de DSK…

- De quoi ça parle ?

Dans son essai,  Gilles Finchelstein s’attaque à l’urgence, qui envahirait aussi bien la vie sociale que la vie privée. Des phénomènes en apparence aussi éloignés que l’engorgement des services hospitaliers d’urgence, l’accélération des cycles de production et d’innovation, l’accélération des films (on est passé d’1,4 plan par minute dans le mépris de Godard à 25 plans par minute dans le pacte des loups)  ou encore les modalités d’intervention de Nicolas Sarkozy sont, selon lui, les manifestations d’un phénomène unique : l’accélération.

Pour étayer son propos, l’ouvrage suit une construction des plus classiques. Après avoir décrit le phénomène, il en analyse les causes, en pointe les effets avant de proposer des solutions pour sortir de cette fameuse « dictature de l’urgence ».

Côté constat, Finchelstein déconstruit le sentiment d’urgence. Il s’alimente à deux sources : le goût pour la vitesse et la préférence pour le présent. Ses causes sont donc multiples, elles sont à chercher tant du côté du progrès technique qui rend possible l’accélération de tout, que de la financiarisation de l’économie. Parmi les effets recensés figure la dé- légitimation de la politique, dont les rythmes propres peineraient à suivre cette accélération du temps social. Réfléchir, consulter pour bien décider est d’autant plus difficile que le corps social et chacun des individus qui le composent a pris l’habitude de vivre dans un environnement où « plus tard » et « trop tard » sont devenus synonymes.

Côté solution, l’auteur ne croît pas aux mouvements qui prônent le retour à la lenteur de quelque façon que ce soit. Le mouvement enclenché est irréversible. En revanche, il prône une autre manière de gouverner, pour ne pas rajouter à l’urgence de l’époque un mode de gestion des affaires publiques très réactif. Il parie d’abord sur un retour de la mise en perspective de la politique.

Et ça vaut le coup de le lire ?
Quand le directeur général de la Fondation Jean Jaurès, un proche de Dominique Strauss Kahn, prend la plume pour s’attaquer à la dictature de l’urgence, il est difficile de ne pas le lire avec quelques arrière-pensées, se dire qu’on a entre les mains la version grand public des notes qui arrivent sur le bureau du directeur du FMI. D'ailleurs l’épouse de Monsieur Strauss Kahn, Anne Sinclair, fait partie de la liste des personnes remerciées à la fin de l’ouvrage.

Si cet essai n’est pas un programme politique à proprement parler, il donne une indication sur les idées qui nourrissent le peut-être futur candidat du parti socialiste. En particulier, l’ultime partie, celle qui regroupe les conseils pour la politique, apparaît comme la définition d’une anti-politique sarkozyste. Sortir de l’urgence passe selon l’auteur par un président qui ne s’occupe que de l’essentiel, fixant des objectifs à court moyen et long terme plutôt que de répondre au jour le jour aux influx produits par le monde médiatique. Il préconise aussi que le politique cesse de s’occuper de l’histoire, s’en prenant aux lois dites mémorielles.

Assez ironiquement, la dictature de l’urgence semble avoir été écrite dans une certaine urgence. Certains passages auraient gagnés à être approfondis, à commencer par le postulat de l’accélération. Il ne suffit pas de comparer le nombre de plans dans un film art et essai contemplatif des années 60 et dans une superproduction hollywoodienne des années 2000 pour décider si oui ou non le temps s’accélère. Et la juxtaposition d’exemples de cette supposée vitesse croissante laisse le lecteur sur sa faim quant à la mesure du phénomène.

Ces réserves étant posées, cet essai donne une grille de lectures et un début de cohérence à une somme de phénomènes isolés que chacun d’entre nous observe un jour ou l’autre. Il développe aussi un certain nombre d’idées originales, parfois trop rapidement, comme si l'auteur craignait que le sentiment de l’urgence ne gagne son lecteur, forcément zappeur. Dommage !

227 pages 16,90 euros

 

cbys

bulle Reactions
  1. TT | 5 avril 2011 à 11:07

    Il y a en fait des signes ambivalents, comme la montée du développement durable, qui aurait pu être pris comme une forme de préoccupation pour le futur et le long terme : http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=ACO_102_0111

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