À quoi ressemblera la version 3.0 des pôles de compétitivité ? : Le blog Innovation de L'Usine Nouvelle, par la journaliste Aurélie Barbaux

À quoi ressemblera la version 3.0 des pôles de compétitivité ?

Le 16/12/2011 | Pôles de compétitivité

Depuis des mois, je mène l’enquête, sans grand succès. À chaque fois que j’ai interrogé un responsable de pôle de compétitivité sur l’avenir du dispositif, je suis restée sur ma faim. En fait, à quoi ressemblera la version 3.0, personne n’en sait rien. Qui fiancera la gouvernance des pôles ? y-aura-t-il un FUI 3.0 ? Tous les pôles seront-ils reconduits ? Et le pôle Innovation de service, évoqué par Frédéric Lefebvre, sera-t-il le 72e ?

Au mieux, ai-je appris qu’une évaluation est désormais en cours… « Mais d’abord sur 2 ou 3 pôles test, dont Minalogic, à Grenoble », pour affiner le questionnaire, qui permettra d’établir sur les 71 pôles, lesquels ont bien rempli leur feuille de route pour la version 2.0 2009-2011 (prolongée jusqu’en 2012, pour laisser le temps aux nouveaux pôles environnement créés en 2010 de s’épanouir un peu).A priori, c’est un consortium, où figure au moins le cabinet Erdyn, qui a été retenu pour mener à bien le deuxième grand bilan des pôles (un premier avait été mené en juin 2008, complété d’un second en 2009). Il doit porter sur deux grands volets : politique de pôles au niveau national et les pôles entre eux. Normalement, les conclusions devraient être rendues la dernière semaine de mars. Juste avant les élections ! (mais à l’automne, pour tous mes interlocuteurs, les Pôles n’avaient aucune chance de devenir un sujet de campagne. Pas assez grand public ! On verra !)

L’enjeu… le financement des pôles. « Le crédit public était là pour amorcer la pompe, mais devrait se réduire, jusqu’à ce que les pôles se passent totalement d’argent public ! » résumait pour moi Patrick Haouat, directeur du cabinet Erdyn, en septembre dernier. Pour lui, si le FUI devait continuer à être alimenté, la gouvernance des pôles, financée par l’Etat, pourrait, elle, échoir aux collectivités locales et aux membres des pôles.

« On a démarré la réflexion sur la 3.0 dès juillet 2011. On sait que les financements publics vont baisser », reconnaissait aussi Pierre-Henri Bigeard, président du Pôle Axelera, en septembre dernier. « On le voit déjà sur le taux de sélection des dossiers par l’ANR et le FUI. Mais pas de réelle inquiétude pour autant sur l’avenir des pôles. « J’ai un optimisme raisonnable », résume Pierre-Henri Bigeard, qui avance ses bons résultats pour la phase usine à projets et surtout l’IEED (institut d’excellence en énergies décarbonées), lancé pour six ans grâce aux investissements d’avenir auquel participent des membres fondateurs du Pôle.

De toute façon il faudra trouver une solution, car le dispositif, qui fait presque l’unanimité, ne peut disparaître. « Les pôles sont les meilleures choses mises en place depuis dix ans avec les instituts Carnot », plaidait Francis Jutand, directeur scientifique de l’Institut Télécom, membre fondateur de Cap Digital, en octobre dernier. Pour lui, l’Europe n’a rien à dire sur le fait que le gouvernement français prolonge le financement direct des pôles (normalement limité à 5 ans), puisqu’elle fait pareil avec les nouveaux KIC de l’institut européen des technologies. Les pôles font travailler les gens entre eux. Et c’est bien. « Les pôles sont un bon moyen de créer un écosystème proche  de celui tant envié de la Silicon Valley, comme cela se produit par exemple avec le Numérique à Paris avec Cap Digital, ou autour du pôle Systematic centré sur la technopole du plateau de Saclay en plein développement. » Autrement dit par moi :  C’est même un bien meilleur moyen de créer un écosystème proche de celui tant envié de la silicon valley, comme cela se produit à Paris avec le numérique, que de financé à coup de milliards la création ex-nihilo d’une high-tech Valley sur le plateau Saclay !

«  Si l’Etat  n’avait plus assez d’argent pour financer les pôles, leur structure et leurs projets,  au travers du FUI ou sous d’autres formes, cela voudrait dire que la France renoncerait à être une grande nation industrielle libre de sa stratégie. », lance encore Francis Jutand. Et pour lui, les collectivités n’ont pas les moyens de prendre totalement le relais. C’est pourtant ce qui se profile.

En revanche, les pôles pourraient évoluer. Le délégué général d’un pôle Rhônalpin prône par exemple de laisser aux acteurs locaux le choix des règles. « Le « one fit all »limite l’évolution des grands pôles. Le cadre rigide décidé par Paris, est inefficace en termes de bonnes allocations des ressources », lance-t-il. Un discours réaliste, mais risqué.
D’autres pôles (j’en ai parlé) comme Systematic, ont anticipé le recul de l’État en faisant entrer des un collège de financiers dans la gouvernance du pôle… des experts en lever de fonds. Les autres regardent. Attendent les résultats de l’évaluation… et probablement aussi celui des élections. Car les pôles ne sont peut-être pas un enjeu de campagne, leur financement sera dans les mains du nouveau gouvernement.

AB

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