Ne surtout pas se fier aux chiffres. Selon, l’OCDE, 40 % des entreprises françaises pratiqueraient l’innovation ouverte. 65% déclarent avoir des relations avec leurs fournisseurs, 50 % avec leurs clients, 36% avec leur concurrent, 26 % avec des établissements d’enseignement supérieur et 18% avec la recherche du secteur public. Or, comme le remarquent si bien les auteurs du dernier rapport de Futuris « Les processus d’innovation : l’entreprise et son écosystème » publié en juin 2009, « ces statistiques, qui agrègent toutes les entreprises, donc essentiellement des PME, sont peu représentatives des comportements des grands groupes consultés dans le rapport. »
Le rapport de Futuris confirme bien que si les grandes entreprises françaises multiplient les partenariats, on est encore loin d’une politique d’ouverture affirmée. « Les entreprises coopèrent plus que par le passé, mais n’ouvrent pas tout », résumait déjà le professeur de l’Ecole des mines de Paris, Thierry Weil, l’un des auteurs du rapport, lors de la présentation anticipée du rapport début juin 2009, à l’occasion du salon européen de la recherche et de l’innovation. Et d’expliquer : « De nombreuses entreprises se privent de travailler en réseau car elles ne savent pas bien protéger la propriété intellectuelle en collaboration. Elles ne savent pas gérer juridiquement ces relations pour qu’elles soient de nature « gagnant-gagnant ». »
Cette frilosité tient également aux changements de compétences qu’implique cette démarche. « On ne demande plus aux chercheurs d’inventer une solution mais de l’apporter, même si elle vient d’ailleurs », explique encore Thierry Weil. Pour mener ces projets d’ouverture, l’entreprise doit se doter de « compétences en « T », capables de jouer les interfaces entre technologies et mise en œuvre de projets transverses. « Or, en France, nous fabriquons des premiers de la classe qui travaillent seuls, pas des gens capables de travailler en réseau », explique Thierry Weil. Sans parler de la crainte des chercheurs en interne de se voir dépossédés de leur travail par l’extérieur. Or, le rapport le montre bien. Il faut garder des compétences techniques fortes en interne pour identifier la valeur des technologies innovantes extérieures. Mais le message ne passe pas bien partout.
Quant aux rapports avec les PME, le rapport ne laisse que peu d’espoir. Il n’évoque que les rares initiatives de fonds d’investissement mis en place par les grands groupes industriels français, l’option acquisition et, en quelques lignes, les actions possibles via les pôles de compétitivité. Pire. Les grands comptes français reprochent presque unanimement au gouvernement d’orienter l’aide à l’innovation vers les PME et surtout d’avoir supprimé l’Agence pour l’innovation industrielle.
Restent les collaborations avec la recherche publique, beaucoup plus fournies et qui semblent s’inscrire sur le long terme. Mais encore une fois, le frein vient de la gestion de la propriété intellectuelle des produits de ces recherches. Et les avis du rapport sont tranchés. « Sanofi Aventis et PSA Peugeot Citroën » mettent en question le « professionnalisme » des cellules de valorisation de certains instituts de recherche en France : aux Etats-Unis, la majeure partie des chargés de valorisation sont issus du monde de l’entreprise, ce qui n’est pas le cas en France ».
Aucune révélation fracassante, donc, dans ce nouveau rapport Futuris, mais quelques pépites. Surtout, sa lecture est pleine d’enseignements et propose une photographie assez exhaustive du niveau de maturité des grandes entreprises françaises vis-à-vis des éléments clés d’une stratégie d’innovation. Pour ceux qui envisagent des vacances studieuses et veulent en profiter pour confronter leurs pratiques à celles des autres, la lecture des rapports Futuris est donc toute indiquée. Les plus acharnés pourront la compléter de la lecture des autres rapports parus sur le sujet depuis un an :
« Innovation 2009 » du Boston consulting Group, avril 2009
« Pour une nouvelle vision de l’innovation » de l’ESCP-EAP, avril 2009
« Réseaux mondiaux d’innovation ouverte, systèmes nationaux et politiques publiques », Frédérique Sachwald, décembre 2008
« Recherche et innovation en France », Sénat, juin 2008
Bonnes lectures.
AB













Merci pour cet article parlant d’un sujet encore peu connu en France.
Pour les internautes intéressés par le concept et désirant plus de lectures cet été, voici quelques adresses complémentaires.
- Synthèse : Innovation ouverte dans les réseau mondiaux
http://www.oecd.org/dataoecd/30/27/41843115.pdf
- Un focus sur l’Open innovation ciblée sur ses clients avec qques exemples d’applications (en Anglais)
http://www.mckinsey.com/clientservice/bto/pointofview/pdf/the_next_step_innovation.pdf
- Pour finir, il y a bien sûr notre blog présentant des exemples d’applications de l’Open Innovation:
http://www.innovationpartagee.com/Blog
Bonne lecture,
Sujet : l’absence de professionnalisme des cellules de valorisation des organismes de recherche publique cache-t-elle sa véritable raison d’être ?
Je suis personnellement témoin et victime de cette absence de professionnalisme qui cache, cependant, peut-etre, le moyen de couvrir des comportements qui satisfont surtout l’égo et le pouvoir de certains directeurs de laboratoire ou Présidents d’Université. Ces derniers ne voient-ils pas certaines recherches quitter leur labo et « échapper » à leur pouvoir jusqu’alors quasi MANDARINAL. Et quid de leurs liens avec d’éventuelles sociétés étrangères … qui peuvent espérer s’appuyer sur la position de leaders d’opinions de certains poids lourds de la recherche française ?
En effet, dans le cas qui nous occupe, une Université Française a préféré soutenir le laboratoire d’origine plutôt que la start-up qui en était issue, bien que celle-ci bénéficiât de la subvention du CNCE à hauteur de 450 k€.
Le projet était donc d’envergure mais n’a finalement pas été « autorisé » à décoller comme il était prévu.
La raison probable: il a été plus « rentable » pour le laboratoire de retenir le savoir-faire pour continuer à le développer lui même (car le laboratoire sait alors obtenir moult subventions sans avoir à composer avec la Start-Up sur le plan de la propriété intellectuelle et des clauses de non-concurrence)
La méthode: d’abord, un contrat de cession de brevet et de savoir-faire « léonin » imposée par l’Université, car dans ce bras de fer, la start-up, une fois créée, a besoin du contrat, et se trouve en situation de faiblesse pour négocier. Contrat obtenu en 2003 (2 ans de pseudo-négociation ! ) car pour une Université, le temps ne compte pas, tandis que l’adage « time is money » s’applique douloureusement à la jeune Start-Up innovante …
Puis, un prétexte curieux de la part d’une Université: non livraison du savoir-faire par l’Université au motif que le savoir-faire serait « immatériel » (SIC !!) et que le contrat n’imposerait donc aucune livraison. Exit les logiciels, prototypes, fichiers de conception ou cahiers de laboratoire … dont avait besoin la Start-Up.
Ce litige, bien que tranché en 1ere instance en faveur de la Start-Up par la Justice en 2005 après un litige devenant patent en 2003 et un CNCE gagné en 2001 (on perçoit déjà la perte de temps ab initio), est cependant toujours en cours du fait de l’Appel formulé par l’Université qui maintient ses prétentions, malgré une expertise favorable à la start-up.
Comment une start-Up peut-elle aller vers son Marché dans de telles conditions, comment peut-elle s’adresser aux investisseurs … ?
La morale de cette histoire est qu’il n’existe en FRANCE aucun mécanisme pour imposer aux organismes publiques un code de conduite correct, équilibré et universel. Selon que vous êtes ami ou pas avec un Directeur de laboratoire ou proche d’un Président d’Université, les conditions que l’on vous imposera seront différentes. S’étonnera-t-on dès lors que nos jeunes chercheurs s’expatrient ?
Le refus de livraison du savoir-faire acheté par contrat par la Start-Up est un exemple très concret de rétention de l’innovation au sein du laboratoire d’origine … Le lecteur appréciera cette affaire en apprenant, en outre, qu’au soutien de ses prétentions, la dite université a même transmis à la Justice un FAUX en écriture sur laquelle elle fondait initialement son argumentation, Document dont la nature de FAUX a été définitivement constatée par une juridiction pénale (encore 2 ans et demi de procédure !!!) sans qu’ensuite la dite Université révisât le moins du monde sa position … faisant perdurer le litige et escomptant la liquidation de la Start-Up, ce qui mettrait fin à l’instance judiciaire au profit de l’Université !
Combien de temps, en effet, une Start-Up innovante peut-elle tenir financièrement dans de telles conditions ?
Jusqu’à quand de tels comportements scélérats resteront-ils possibles et impunis alors qu’une simple enquête interne démasquerait facilement les auteurs de ce FAUX et mettrait à jour les réels intérêts de chacun ?
Doit-on toujours attendre des décisions judiciaires pour éviter de tels dérapages entourés de silence à l’heure où la LOI sur l’INNOVATION promeut depuis 1999 la valorisation de la recherche publique ?
Merci pour ce témoignage. A l’évidence le sujet du transfert technologique en France est loin d’être épuisé.