L’innovation peut-elle se passer du design ? : Le blog Innovation de L'Usine Nouvelle, par la journaliste Aurélie Barbaux

L’innovation peut-elle se passer du design ?

Le 25/08/2010 | Entreprise, Europe, Management, Politique

design et InnovationLentement, l’idée fait son chemin dans la vieille Europe. Le design serait une composante essentielle d’une stratégie d’innovation. Les asiatiques, Coréens en tête, l’ont bien compris. Aux États-Unis, Apple en a même fait l’axe directeur du développement de tous ses nouveaux produits et services. Et il n’est pas le seul. Car là-bas, le design n’est plus depuis longtemps cantonné à une histoire de style. Le beau est d’abord utile, au sens où c’est l’utilisateur ou l’usager, selon qu’il s’agit d’un produit ou d’un service, qui est dès le départ placé au cœur de la réflexion (et je ne parle même pas de design thinking… ce sera pour une autre fois). J’enfonce là des portes… malheureusement à peine entrouvertes chez nous, en Europe, malgré le talent reconnu des designers suédois, finlandais, italiens et même français.

La prise de conscience reste en effet très récente… Il a fallu attendre avril 2009 et la publication par la Commission européenne d’un document intitulé « Design as a driver of user-centred innovation » (Le design, moteur de l’innovation centrée sur l’utilisateur), pour démontrer l’intérêt du design comme passerelle ente créativité et innovation, enter technologie et marché.  « Ces dernières années notre perception de l’innovation a évolué. Nous avons compris que l’innovation ne se limitait pas à la haute technologie, qu’elle n’est pas l’apanage des scientifiques et ingénieurs, et qu’elle ne vise pas seulement la croissance économique », constate Jean-Noël Durvy, directeur de le politique d’innovation de la direction Entreprises de la Commission européenne, en préface du Guide européen du design en Europe, Panorama design 2009/2010. Et il poursuit. « En matière d’innovation, le design est le parfait complément des activités plus traditionnelles telles que la recherche. […] Pour l’instant ces avancées ne sont hélas pas encore généralisées. Elles n’ont atteint ni les politiques d’innovation, ni les systèmes éducatifs. Les entreprises, qui ne sont pas familières du design, […] ignorent souvent vers qui se tourner pour bénéficier du conseil d’un professionnel. Le design n’est donc pas correctement mis à profit en Europe. » C’est dit.

Notre Ministère de l’industrie semble avoir entendu le message. Au printemps dernier, il a lancé le site entreprise-et-design.fr à destination des PME-PMI, pour leur donner les bases du design à travers notamment des mini-interviews des professionnels du secteur. Un programme pilote de sensibilisation au design dans cinq régions est également en cours, notamment avec  l’Agence pour la promotion de la création industrielle ou APCI et la Cité du design en Rhône-Alpes.

C’est bien, mais c’est loin d’être suffisant. Sensibiliser les entreprises ne suffira pas. Changer la mentalité des politiques, ce serait mieux. Car il reste beaucoup à faire. Lors des États généraux de l’industrie, lancés à l’automne 2009, jusqu’au dernier moment,  aucun représentant du design n’avait été invité dans le groupe de travail innovation !!!
« Aujourd’hui, la plupart des politiques et programmes liés à la promotion du design se résument encore trop à corriger les imperfections du marché, en particulier le manque d’information des petites entreprises quant à l’utilisation du design », prévient  de son côté Giselle Raulik-Murphy, chercheur qualifiée au sein de Design Wales (agence de promotion du design aux Royaume-Uni), toujours en introduction du Guide européen du design.  Mais elle rappelle que « toutes les barrières qui entravent l’interaction efficace entre les différentes acteurs doivent être levées, par exemple un déséquilibre entre la demande industrielle et l’aide du gouvernement ! » La en revanche, le gouvernement français n’a rien entendu. Pour preuve, la tentative avortée d’imposer un crédit impôt innovation.  « Les choses ne changeront vriament quand les administrations aussi penseront design », prévient Anne-Marie Boutin,présidente de l’APCI. Mais la route est encore longue.

AB

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  1. Fago | 25 août 2010 à 19:01

    La demande industrielle dit Mme Boutin ? Ah parce que l’industrie existe toujours en France ? Il existe des aides qui financent les dépenses de design au même titre que les autres dépenses des projets innovants. Je ne vois pas en quoi un crédit d’impôt innovation aurait changé quoi que ce soit dans ce domaine puisque le design aussi est intégré au CIR. Estrosi s’agite comme NKM sur le territoire tant insignifiant actuellement de l’innovation. On parle pour ne rien dire et pendant ce temps les déficits filent…

  2. Thomas Oriol | 2 septembre 2010 à 12:47

    Bonjour,

    Merci beaucoup pour cet excellent article. Il me fait penser à l’une des thèses développées dans le livre The Innovator’s Dilemma de Clayton Christensen : très souvent, les innovations « de rupture » (par opposition aux innovations incrémentales) se distinguent par des performances inférieures à l’état de l’art, mais une plus grande simplicité d’utilisation pour un public différent. Les exemples cités dans le livre incluent la pelleteuse hydraulique vs. la pelleteuse à câbles, la voiture électrique vs. la voiture à essence….

    Dans le domaine du logiciel, cette thèse rappelle une règle bien connue : « worse is better ». En d’autres termes, la simplicité d’utilisation prime toujours sur la sophistication. On peut citer ici comme exemple le triomphe, dans les années 2000, du logiciel de comptabilité Quickbooks sur ses concurrents américains.

    C’est en ce sens que le design, et plus largement l’ergonomie, me paraissent nécessaires à l’innovation : comme de puissants outils de simplification.

    Thomas Oriol
    http://www.salesclic.com

  3. Thomas Oriol | 3 septembre 2010 à 8:25

    Bonjour,

    Merci beaucoup pour cet excellent article. Il me fait penser à l’une des thèses développées dans le livre The Innovator’s Dilemma de Clayton Christensen : très souvent, les innovations « de rupture » (par opposition aux innovations incrémentales) se distinguent par des performances inférieures à l’état de l’art, mais une plus grande simplicité d’utilisation pour un public différent. Les exemples cités dans le livre incluent la pelleteuse hydraulique vs. la pelleteuse à câbles, la voiture électrique vs. la voiture à essence…

    Dans le domaine du logiciel, cette thèse rappelle une règle bien connue : « worse is better ». En d’autres termes, la simplicité d’utilisation prime toujours sur la sophistication. On peut citer ici comme exemple le triomphe, dans les années 2000, du logiciel de comptabilité Quickbooks sur ses concurrents américains.

    C’est en ce sens que le design, et plus largement l’ergonomie, me paraissent nécessaires à l’innovation : comme de puissants outils de simplification.

    Thomas Oriol
    http://www.salesclic.com

  4. Innovation et design | SalesClic | 7 septembre 2010 à 17:32

    [...] article récent publié sur le site de L’Usine Nouvelle (« L’innovation peut-elle se passer du design ? ») parle des liens entre innovation et [...]

  5. Grégoire GERARD | 16 septembre 2010 à 16:42

    Las, oublions les politiques dont l’esprit d’innovation reste à démontrer. En essayant de les convaincre, c’est se tromper de clients.

    Ce qu’il faut, c’est changer les habitudes de ce qui n’en n’ont pas encore : les étudiants d’écoles de commerce et d’ingénieurs. Plusieurs programmes ont vu le jour (CPI et Strate College) qui commencent à porter leur fruit. Des changements radicaux pourront apparaitre le jour où cette nouvelle génération (plus ouverte et connectée que nos ainés) accèdera à des postes d’envergure au sein des entreprises. Patience, plus que quelques années de souffrance et le Design trouvera enfin sa place.

    Merci pour votre article.

  6. [...] L’innovation peut-elle se passer du design? (via usinenouvelle). [...]

  7. Thibaut | 21 janvier 2011 à 22:14

    Effectivement Thomas, « Worse is better », c’est un crédo largement répandu dans le design.

    Il y a un peu plus que ça, créer des référents utilisateur, s’adapter aux besoins, innover par les usages, proposer un style adapté a l’univers des clients, à ce que veut communiquer l’entreprise…

    On ne peux pas dire « le design et plus largement l’ergonomie ».

    L’ergonome n’a pas nécessairement les compétences pour créer une esthétique en relation avec un ADN de marque. Un designer a souvent des bonnes compétences en ergonomie mais ne va pas non plus se lancer dans une campagne de mesures quantitatives ou te citer le nom des muscles de la main.

    Et enfin une myriade de jeunes graphistes sortis de BTS viennent fausser les cartes en ayant très peu de compétences et se prétendant l’un ou l’autre.

    Les domaines se chevauchent, surtout dans ces domaines relativement nouveaux, mais il n’y a pas d’inclusion stricte. La réalité du terrain est assez complexe.

  8. Magdelina | 27 juin 2011 à 20:52

    Wonderful epxlnataion of facts available here.

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