Pourquoi si peu de candidats au programme ISI d’Oséo ? : Le blog Innovation de L'Usine Nouvelle, par la journaliste Aurélie Barbaux

Pourquoi si peu de candidats au programme ISI d’Oséo ?

Le 13/10/2011 | Entreprise, Financement, Pôles de compétitivité
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De l’aveu même de Laure Reinhart, directeur délégué à l’Innovation d’Oséo, les entreprises candidates à une aide à l’innovation dans le cadre du programme Innovation stratégique industrielle, ne se bousculent pas. Pourtant, sur le papier, ISI a tout pour plaire.Héritage de l’ex. agence pour l’innovation industrielle (A2i), qui disposait de 2 milliards d’euros pour financer des grands projets portés par Schneider Electric Arkema ou Valéo, le programme est, depuis 2008 et l’intégration de l’A2I dans Oséo, désormais bien orienté vers les PME et –rares- ETI, pour financer des projets, collaboratifs d’une innovation pouvant déboucher sur un marché (contrairement aux programmes de pôles de compétitivité, qui financent des projets de recherche plus amont). « Objectif : développer les filières et sortir des produits innovants », précise François Drouin, PDG d’Oséo. Il dispose pour ce faire d’un budget annuel de 130 à 140 millions d’euros par an, garanti jusqu’en 2013. En 2009-2010, il aurait quand même déjà permis de lancer 38 projets, impliquant 129 entreprises et 78 organismes publics, pour un total de 291 millions d’euros d’aides. Les projets étant financés sur 4 à 6 voire 7 ans, jusqu’à 10 millions d’euros (le maximum autorisé par Bruxelles sans avoir à lui demander l’autorisation, comme ce fut douloureusement le cas à l’époque de l’A2i !).
Et les premiers bénéficiaires, qu’Oséo a présentés à la presse le 12 octobre dernier, ne tarissent pas d’éloge sur le programme. « ISI a fait tilt. C’était l’occasion pour nous d’adapter nos microcaméras, destinées au diagnostic du cancer, à une utilisation en chirurgie. Mais il nous fallait d’autres savoir-faire, en chirurgie, en robotique. Les équipes d’Oséo nous ont aidés, notamment sur la phase accord de consortium. Ils nous ont même poussés à prolonger notre projet Persee de deux ans, jusqu’aux essais cliniques, en le finançant au final à hauteur de 7,6 millions d’euros », explique François Lacombe, Directeur scientifique de Mauna Kea Technologies.
Même engouement chez Déinove, qui développe des bactéries, les déinocoques, aux multiples talents. Elles savent notamment fabriquer des biocarburants de 2e génération, à partir de déchets. « Merci à Oséo pour son aide très structurant, dans le montage de notre projet, et l’orientation vers les bons partenaires, même si le premier n’était finalement pas le bon », raconte Jacques Biton, directeur général de Deinove. L’entreprise de 28 personnes, travaille aujourd’hui avec Terreos et l’Insa de Toulouse, pour renforcer, non génétiquement, ses bactéries pour les rendre encore plus performantes. Montant de l’aide au projet Deinol : 8,9 millions d’euros… pour des retombées économiques pour l’ensemble du consortium évaluées à 100 millions d’euros par an !

Malgré ces dithyrambes, obtenir une aide ISI, reste délicat.
D’abord, parce qu’il faut forcément qu’il soit collaboratif. Il faut trouver les partenaires et surtout se mettre d’accord sur le partage de la valeur avant de commencer. « Ce n’est pas compliqué, mais c’est long », reconnaît François Lacombe. Nous avons travaillé autant sur l’accord de consortium que sur le montage du projet lui-même ». Soit des mois.

Ensuite, il faut que l’entreprise dispose d’autant de fonds propres qu’Oséo est prêt à lui en prêter. Car les aides ISI sont principalement des avances remboursables. « Cela nous a poussés à entrer en Bourse, explique de côté Jacques Biton. Une démarche qui prendre encore du temps. ISI n’est donc pas très adapté aux projets rapides, du numérique notamment. D’ailleurs, sur les 38 premiers projets, 50 % étaient dans le domaine des sciences de la vie (qui travaillent sur des temps plus long) 30 % dans l’industrie (énergie, transport, environnement), et seulement 20 % dans les TIC pures.

Enfin, ISI a des concurrents. Dans le cadre des investissements d’avenir, le gouvernement a aussi confié à Oséo une enveloppe de 300 millions d’euros pour financer les projets structurant des Pôles de compétitivité (PSPC). Avec à peu près la même logique collaborative et les mêmes objectifs qu’ISI. « Mais on voit arriver des projets avec des dizaines de partenaires, qui changent toutes les semaines ! », regrette Claude Pinault, Directeur du programme OSEO-ISI. Il y a également les projets du FUI (le fonds unique interministériel dédié aux projets des pôles de compétitivité), plus amont et moins contraint en matière de taille d’entreprises porteuses, mais dont l’avenir n’est plus tracé à partir de 2012. « Un équilibre va forcément s’établir entre les trois programmes, ISI, PSPC et FUI, mais on ne sait pas dire comment se fera cet équilibre », reconnaît Laure Reinhart. Un flou, qui peut rebuter les entreprises. Qui pourrait préférer avancer seule, et se contenter du crédit d’impôt recherche. Même si François Lacombe et Jacques Biton son catégorique. Seuls, ils n’auraient jamais lancé leur projet. Et puis, de toute façon, le CIR, ils y ont droit… Enfin, une fois déduite l’avance remboursable.

AB

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  1. Fag | 13 octobre 2011 à 20:57

    Il faudrait réduire le nombre de partenaires et maintenir le principe de l’avance remboursable à taux 0, sous condition de fonds propres (à 50/50 ou 30/70), notamment en cette période de déficit qui impose une gestion rigoureuse de tout et un équilibre public/privé.

    Le CIR est par contre un gouffre qui fait perdre beaucoup d’argent à l’Etat pour des projets que l’on ne connaît pas. Car qui dit crédit d’impôt dit subvention car le CIR est aussi utilisé par les sociétés non soumises à l’impôt. A force de réduire les impôts, on abaisse exagérément les recettes de l’Etat. La redistribution de l’argent du contribuable, de façon avisée, c’est mieux que d’emprunter sur les marchés en ce moment (taux d’intérêt en hausse).

    L’avance à taux 0 lissée dans le temps est bon principe, économe et facile à tracer, en coordination avec les entreprises pour les remboursements (facilitées données).

    Les subventions aussi sont conditionnées aux fonds propres, car l’aide publique ne finance qu’une partie de l’investissement. L’autre partie doit être financée par l’entrepreneur et ses associés ou actionnaires. Les banques ne financent pas ce type de projet.

  2. Ecorecherche | 14 octobre 2011 à 9:09

    Pour ma part, je pense que le CIR est une bonne mesure, mais il faudrait à mon sens non pas contrôler à postériori mais en amont. Créer une sorte de agrément qui serait renouvelable tout les 3 ans, un peu sur le même principe de l’agrément des sous-traitants pour le CIR.

    Ce qui est me semble être un vrai frein à l’innovation dans les PME c’est la limitation au fonds propre. Une PME qui commence a besoin de fond pour développer un projet d’innovation, en faire un produit, pour ensuite avoir une activité et se développer. Limiter l’aide à ce qu’elle possède déjà n’aide pas à faire des « bonds » importants, et c’est dommage

  3. zelectron | 14 octobre 2011 à 9:57

    Se mettre dans les « pattes » d’Oseo revient à caresser l’espoir, juste caresser … Plus sérieusement je maintient qu’Oseo n’est pas adapté aux PME/PMI/TPE tout juste les structures à partir de 500 personnes et +
    Il est plus facile pour un quelconque organisme d’octroyer 1 milliard d’Euros à une grosse structure que de distribuer 10 000 fois 100 000 Euros aux petites: c’est si fatiguant et si dévalorisant pour les « agents » enquêteurs/examinateurs qui préfèrent le confort feutré de leurs bureaux(sic) Ah! j’oubliais, si, si, ils sortent de temps en temps pour se faire inviter à déjeuner d’un air ennuyé …
    Rien que le traitement des dossiers à remettre à cet organisme donne des cauchemars aux ingénieurs et chefs d’entreprise en charge, comment voulez vous qu’ils s’occupent du quotidien après ça (je vous parle d’expérience) En résumé je pense beaucoup de mal de cette émanation politique kafkaïenne.

  4. Fag | 14 octobre 2011 à 19:28

    Le CIR est plus adapté aux petits montants d’aide justement car il ne mobilise pratiquement pas de personnel. Si vous êtes éligible au CIR Zelectron, cela ne devrait pas vous poser de soucis. En outre, les conseils régionaux attribuent aussi de petits montants dans les fourchettes que vous signalez, et sans passer par Oséo.
    Le ciblage vers des entreprises plus grosses et des investissements plus conséquents est le fait de la presque « bancarisation » de l’activité innovation d’Oséo qui doit coûter de moins en moins au contribuable et rapporter de plus en plus (ou du moins, récupérer la mise de départ).
    Les critiqueurs d’hier n’osent pas dire aujourd’hui qu’ils se sont un peu trompés. Car en critiquant la redistribution, ils ont mis l’Etat et M. Tout le Monde dans les fourches de la finance.
    Malgré tout, je maintiens que l’avance à taux 0 est la meilleure façon d’aider au financement de l’innovation. Et pour qu’Oseo ne finance pas tout, il est normal de mobiliser les investisseurs en fonds propres qui en outre bénéficie depuis 2007 de la loi Tepa et de son cortège de « cadeaux » fiscaux aux contribuables riches. Ces derniers sont défiscalisés sur les investissements (environ 30 à 50 KE) qu’ils font sur les PME et TPE….
    Les entrepreneurs mauvais coucheurs (ou jaloux pour des privilèges qui n’existent pas) ont vraiment causé beaucoup de tort aux autres entrepreneurs qui ont toujours respecté les critères.

  5. [...] Pourquoi si peu de candidats au programme ISI d’Oséo ? De l’aveu même de Laure Reinhart, directeur délégué à l’Innovation d’Oséo, les entreprises candidates à une aide à l’innovation dans le cadre du programme Innovation stratégique industrielle, ne se bousculent pas. Pourtant, sur le papier, ISI a tout pour plaire. Source: blog.usinenouvelle.com [...]

  6. zelectron | 17 octobre 2011 à 21:03

    « Les entrepreneurs mauvais coucheurs (ou jaloux pour des privilèges qui n’existent pas) ont vraiment causé beaucoup de tort aux autres entrepreneurs qui ont toujours respecté les critères. »
    Autrement dit ce sont VOS critères qui font force de raison, sans débat! vous répondez explicitement à mes griefs et n’avez pas la moindre vergogne. L’immodestie de ceux qui édictent des préceptes ainsi promulgués sous couvert de leur fonction régalienne ne doutent pas un instant. (600 organismes « accordant des aides aux entreprises en France…, même une poule n’y retrouverait pas ses poussins »
    Serviteur, Monsieur.

    p.s. On reconnait l’intelligence en ce qu’elle doute A. Einstein.

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