C’est une des marottes du ministre de l’Industrie. Dès qu’il le peut, Christian Estrosi évoque la piste d’un crédit d’impôt innovation (baptisons le C2I): « Je veux que l’on réfléchisse à la mise en place d’un crédit d’impôt innovation qui viendrait compléter l’actuel crédit d’impôt recherche», expliquait-il déjà le 28 septembre dernier lors de son discours sur la nouvelle politique industrielle de la France, devant les étudiants de l’Ecole des mines. Et de préciser : « Ce nouveau dispositif aurait l’avantage de couvrir des dépenses que les entreprises, notamment les PME, considèrent souvent comme des dépenses de R&D, mais qui ne sont pas prises en compte par le CIR, aujourd’hui axé sur la recherche fondamentale. »
Il a rappelé son idée lors de son discours de lancement des états généraux de l’industrie, le 15 octobre, à Bercy, en utilisant exactement les même termes, en précisant toutefois: « Je souhaite en outre que l’on étudie la possibilité de retenir une définition du prototype permettant d’inclure les dépenses liées au design dans le champ d’application du crédit d’impôt. »
On y voit un peu plus clair. Le crédit d’impôt recherche (CIR) ne s’applique en effet qu’aux dépenses de R&D jusqu’au « prototype de validation de conception »… donc encore très en amont de la mise sur le marché d’un produit. Le crédit d’impôt innovation couvrirait donc des dépenses plus avales, comme le design, non couvertes par les offres d’Oséo, dont les avances remboursables à taux zéro ne financent que les dépenses avales de R&D, sans aller jusqu’à la commercialisation. Le C2I pourrait aussi concerner des technologies difficiles à inclure dans le CRI comme le développement logiciel, comme le proposait Nathalie Kosciusko-Morizet en juillet dernier (cf. billet « le CIR va-t-il vraiment être étendu à l’innovation ? »)
Sans même avoir les détails de cette possible nouvelle mesure fiscale, les entreprises innovantes la plébiscitent d’emblée. Selon le 5e baromètre du financement de l’innovation d’Alma Consulting Group (étude menée cette année auprès de 379 entreprises dont 214 PME) 63% considèreraient un crédit impôt innovation comme une mesure fiscale incitative, 17 % pensent le contraire et 20% n’ont pas répondu !
Mais l’idée pourra-t-elle aboutir, comme c’est le cas en Espagne, qui dispose d’un crédit d’impôt pour les innovations technologiques ? Car déjà, même s’il est largement plébiscité par les entreprises, le CIR fait débat. Incite-t-il vraiment les entreprises à investir plus en R&D ? La crise a quelque peu faussé les chiffres (cf. le billet « A qui profite le CIR ? »). La preuve n’est donc pas faite. L’intensité de R&D/PIB stagne en France autour de 2 % depuis dix ans (alors que le CIR existe depuis 1983 !
Si le C2I n’est pas réservé aux PME, qui en ont le plus besoin, il ira encore augmenter la liste des cadeaux fiscaux que l’Etat fait aux grandes entreprises, qui profitent déjà de l’aubaine CIR. D’autant que certaines, jouant sur l’absence relative de contrôle en profiterait pour inclure des dépenses de marketing dans les dépenses de R&D (je mène l’enquête). Se contenter d’étendre l’assiette d’éligibilité au CIR pourrait coûter très cher sans rapporter beaucoup.
AB













« L’intensité de R&D/PIB stagne en France autour de 2 % depuis dix ans (alors que le CIR existe depuis 1983 ! »
-> Certes, mais jusqu’à il y a peu, le mode de calcul du CIR ne le rendait intéressant que pour les deux ou trois premières années de son applications.
S. Fermigier, Nuxeo.
Le crédit d’impôt ne reste interessant (40, 50%) que pour les 2 premières années. Après c’est du 30%. Même depuis la réforme. Le principe du crédit d’impôt innovation ne serait pas de financer la phase commerciale, mais d’inclure dans les postes éligibles des dépenses qui sont déjà prises en compte au niveau de l’aide directe à l’innovation d’Oséo (et pas au niveau du CIR qui est plus axé sur la recherche scientifique, proche des laboratoires). Ainsi, l’aide directe ne serait donc plus du tout utile et on pourrait la supprimer, avec les accompagnements qui allaient avec (sans l’aide de consultants bidons du privé). L’aide directe à l’innovation permet encore malgré tout de financer les dépenses de personnel en R&D (par le crédit d’impôt).
Bien sûr, le soucis c’est le coût total que pourrait représenter le Crédit d’impôt Innovation (plus large que le CIR actuel) pour notre pays et son impact majoritaire sur les grosses entreprises. En outre, difficile d’évaluer la qualité des projets qui sont financés par le crédit d’impôt. C’est une mesure purement fiscale qui vise les dépenses récurrentes de R&D des entreprises.
Je n’ai personnellement jamais entendu parler de crédit d’impôt innovation chez nos voisins espagnols.
Alma consulting qui fait du lobby actuellement, met en avant ce crédit d’impôt, car c’est son gagne pain. C’est un conseil en financement de l’innovation. Tous ces consultants se font un sacré beurre sur le CIR… pour aider les entreprises à soi disant s’y retrouver. Bravo. Les entreprises se font avoir :
http://www.cfo-news.com/Financement-de-l-innovation-Alma-Consulting-Group-achete-la-societe-canadienne-Pinchevsky_a7193.html
Les Echos se sont fait prendre au piège en publiant un article issu du baromètre de ce groupe conseil qui a tout intérêt à pousser les incitations fiscales fortement génératrices de résultats pour lui…
http://www.lesechos.fr/info/metiers/020141546016-elargir-le-credit-d-impot-recherche-a-toute-l-innovation.htm
Merci pour ce commentaire riche en informations.
En réponse, je ferai trois remarques.
L’dée de supprimer les aides directes aux enteprises, au profit exclusif du CIR en concervant toutefois le financement sur projet collaboratif , fait effectivemnt son chemin et est défendu par les grandes entrepises (rien d’étonnant). Le mécanisme d’avance remboursable, désormais privilégié chez Oséo est remis en cause, nottament pas ceux qui n’en profite pas, ou peu (les grands comptes) qui regrette amèrement l’A2i. Attention. Le pouvoir pourrait bien adopter l’idée… Or le CIR ne couvre que des dépenses encore assez « amont » dans le processus de R&D. j’y reviendrai sûrement dans un prochain billet.
Concernant votre affirmation que le crédit impôt recherche ne permet pas de financer les dépenses de personnel en R&D, contrairement aux aides directes à l’innovation (j’imagine que vous parlez des avances remboursables d’Oséo et des subventions FUI, ANR ou des collectivités territoriales pour les projets labéllisés par des pôles), je crois que ce n’ai pas tout à fait exact. Les charges de personnel de recherche sont bien éligibles au CIR, mais pas en totalité. Généralement, il faut calculer un forfait d’environ 75 % du salaire.
Concernant le crédit impôt innovation technologique en place chez nos voisins espagnols. J’ai effectivement la même source que mon confrère des Echos. Mais pas seulment. Un autre cabinet, Leytone & associés, m’a fourni la même information. Sans confirmer (elle parle juste de CRI généreux), la note de l’OCDE sur l’innovation (http://www.oecd.org/dataoecd/56/59/41572958.pdf) donne d’intéressante précision sur la politique d’aide à l’innovation dans le pays. Et je n’ai pas retrouver le document, mais je crois qu’eux aussi pointe le duispositif espagnol comme atypique.
Pour autant, le C2I espagnol, s’il couvre bien des dépesnes plus avales que le CRI français, est plafonné et bien moins avantageux que le CIR français.
L’Espagne n’est pourtant pas du tout réputée pour le niveau de ces innovations, comparativement aux pays nordiques qui n’apparaissent pas dans le tableau. Le pays a besoin de rattraper un gros retard dû à l’incohérence de sa politique avec les régions (autonomie qui ne favorise pas la planification). D’où l’utilisation sans doute d’un instrument facile à mettre en oeuvre comme le Crédit d’impôt mais dont l’efficacité réelle n’est pas prouvée. Il permet juste de faire du chiffre. En outre, comme les entreprises espagnoles n’ont pas une intensité techno très forte, il est logique pour elles de viser les innovations non « techno ». La France dispose d’un environnement scientifique et universitaire de meilleure qualité que nous envient justement les Italiens et les Espagnols.
Enfin, les Espagnols aussi misent sur les aides directes, voire même sur les subventions. Il suffit de lire sur le site consacré au soutien à l’innovation. Il met aussi en avant les prêts et garanties et le capital risque.
http://www.ipyme.org/IPYME/aspx/NuevaHome/NuevaHome.aspx
Enfin, si on lit le tableau de bord européen de l’innovation, l’Espagne n’est pas en pool position (loin de là). Par contre, l’Allemagne, la Suède, la France, le Danemark, le Luxembourg… oui.
http://www.proinno-europe.eu/admin/uploaded_documents/EIS2008_Final_report-pv.pdf
Pour le Luxembourg, c’est étonnant. Il y a des subventions, des prêts et des encouragements fiscaux
http://www.innovation.public.lu/html/portal/FR/81/464/