Les docteurs français font-ils de bons entrepreneurs ? : Le blog Innovation de L'Usine Nouvelle, par la journaliste Aurélie Barbaux

Les docteurs français font-ils de bons entrepreneurs ?

Le 15/12/2011 | Entreprise, Etudes
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Les docteurs français (vous savez ces BAC +8, qui ont soutenu leur thèse) font-ils de bons entrepreneurs ? J’ai déjà posé la question à l’occasion des 24 heures chrono spécial Cifre qui se sont tenues en septembre 2011 pour la première fois. La réponse semblait plutôt positive. Un livre « Ces créateurs d’entreprises innovantes », coécrit par Jeanne Courouble et Clarisse Angelier, responsable du programme Cifre à l’ANRT, tente à son tour de le démontrer… par l’exemple. « La formation doctorale conférerait même des aptitudes essentielles à la création : imagination, ténacité, adaptabilité, capacité à gérer l’incertain… », écrivent les auteurs.

Ils ne sont pourtant pas légion, les docteurs entrepreneurs. Rien que pour les docteurs Cifre, qui ont réalisé leurs thèses en entreprises, ils ne sont que 1 % à devenir créateur de leur propre entreprise, contre un tiers qui reste dans l’entreprise où ils l’ont réalisé, et un tiers à aller se faire embaucher ailleurs. Les nouvelles promotions pourraient changer la donne. Sur 1 000 doctorants actuellement en Cifre, 34 % envisagent sérieusement la création d ‘entreprise. « Un chiffre élevé, qui reflète autant l’inquiétude pour l’avenir, surtout chez les Doctorant en sciences humaines et sociales, que leur confiance dans leur capacité à réussir leur projet », analyse Erwan Lamy, enseignant chercheur à Novencia, lui-même Cifre, auteur de l’étude.

Pourtant, faire durer les études apparaît pour beaucoup d’observateur extérieur, comme un bon moyen de reculer la date d’entrée dans la vie active. Pas vraiment un signe d’une volonté farouche de créer une entreprises et de la développer. Alors forcément, les neuf exemples de docteurs entrepreneurs présenté dans l’ouvrage de Clarisse Angelier et Jeanne Rouble, démontrent le contraire. « La thèse comme la création d’entreprises sont aventures fusionnelles. Mais dans ses deux cas, on en peut apprendre qu’en faisant », avance une de ces chercheurs entrepreneurs. Et il est vrai que les qualités pour mener à bien une thèse s’avèrent fort utiles dans l’aventure entrepreneuriale. Un autre doctorant (non Cifre) à Bordeaux 3 (mais originaire de Paris I), s’est appliqué à lister toutes ces qualités et compétences que le docteur peut valoriser en entreprise, qu’il l’ait ou non créée. Il en a dénombré 20 : de la capacité à gérer des problèmes complexes, à la négociation, en passant par la persévérance, la capacité d’autoévaluation et l’honnêteté, de reconnaître que l’on s’est trompé.

Reste que les 9 histoires de docteurs entrepreneurs du livre, racontées avec entrain dans une langue légère et imagée, laissent toutes une drôle d’impression. L’impression que ces entrepreneurs-là, l’auraient été avec ou sans thèse, même si la plupart exploitent dans leurs entreprises le résultat de leur recherche. L’impression, que les moules de la recherche académique ou de l’entreprise établie avec sa hiérarchie, n’étaient pas pour eux. À part un, on ne sent pas la volonté de développer une activité qui crée des emplois et de la valeur pour le plus grand nombre, mais leur permettent de relever un nouveau défi, personnel. C’est déjà beaucoup. Après pour évaluer s’ils font vraiment de bons entrepreneurs, faut-il se mettre d’accord sur le sens que l’on donne à ce mot.

AB

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  1. Albert | 17 décembre 2011 à 21:47

    Bonsoir Aurélie, un article provocateur comme je les aime!

    Je ne peux résister à la tentation: 3 commentaires :

    1/ faire durer les études: au bout de la thèse, certe, on obtient un diplôme, mais pour beaucoup, la thèse est une véritable expérience professionnelle (on est payé, on a des responsabilités, on enseigne, on encadre, on délivre etc.)

    2/ je ne pense pas qu’une formation, quelle qu’elle soit, ne fasse devenir entrepreneur (pas plus une thèse qu’autre chose): on EST entrepreneur, ou on ne l’est pas. La thèse peut apporter un bagage scientifique qui peut s’avérer utile… ou pas.

    3/ Enfin, oui je suis d’accord, quand on monte une boite, c’est parce que l’on a cela dans le sang, on le fait avant tout pour soit. Ceci étant, quelle que soient les motivations de l’entrepreneur, cela n’empêche pas de créer de la valeur et des emplois (même si cela est un dommage collatéral!).

    Bonne soirée et bon Noel Aurélie

    Albert

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