Le numérique français a-t-il besoin d’être défendu ? : Le blog Innovation de L'Usine Nouvelle, par la journaliste Aurélie Barbaux

Le numérique français a-t-il besoin d’être défendu ?

Le 02/05/2012 | Entreprise, Politique, Stratégie, Veille

L’intention est louable. Éric Boustouller, le patron de Microsoft France, a publié le 11 avril « l’atout numérique, pour en finir avec une mélancolie française », aux Edition JC Lattès. Selon lui, Il faut à tout prix regarder le verre à moitié plein. Et oui, la France a des atouts à faire valoir dans la révolution numérique. Lesquels ? Je ne sais toujours pas. Il évoque bien les rares pépites numériques françaises, comme Criteo (optimisateur d’e-commerce, 500 personnes dans le monde), l’éditeur de jeux collaboratifs sur Facebook, ou le journal en ligne Melty.fr, et la reconnaissance mondiale de la « French Touch » en création et design numérique (Les Gobelins, ENSCI, l’école de design de Nantes, Strat College ). Mais sans expliquer en quoi ils peuvent effectivement booster le numérique français. Le patron de Microsoft évoque aussi nos géants de l’informatique, Dassault Systèmes, Cegid, Capgemini, Atos, Steria. Pour leur faire plaisir ? Car à part Dassault systèmes, qui a très tôt compris l’importance de la notion de plate-forme — qui fait la valeur de la révolution numérique actuelle — mais en la fermant à des partenaires capables de payer (mais on est en B2B), les autres font quand même plus figure de pépites de l’ancienne économie, malgré leur succès.

Pour le reste, Éric Boustouller nous explique au long des pages tout le potentiel du numérique, notamment en matière d’éducation. Mais ses exemples, ils les puisent quasiment tous à l’étranger. Que ce soient les ordinateurs du professeur Sugatra Mitra, accessibles dans les bidonvilles indiens uniquement aux enfants, qui démontrent que ces derniers, peuvent apprendre seul et s’organiser entre eux, que l’école modèle New Lean Learning Fédération de Maidstone au Royaume-Uni, avec sa Plaza et ses espaces modulables, pour une autre façon d’enseigner.

C’est un peu « Oui-oui au pays du numérique ». Les problèmes de vie privée, de fracture sociale, de sécurité, ne sont évoqués – en quelques lignes – que pour mieux être évacués. Pire. Si l’auteur semble bien avoir compris les mécanismes de cette révolution numérique, basée sur l’ouverture et de capture de la valeur de la multitude, il semble ne pas vouloir voir que nos élites, nos chefs d’entreprises et nos politiques, surtout, ne l’ont pas compris, eux. Et c’est la que le verre est plus qu’à moitié vide, par rapport à celui des Américains, qui ont une bonne longueur d’avance dans la compréhension de cette révolution, aussi importante que la révolution industrielle, mais beaucoup plus rapide. Ne sont qu’à écouter les – rares – débats sur l’éducation dans cette campagne présidentielle, pour se rendre compte qu’on est bien loin d’avoir intégré l’importance du numérique dans l’indispensable réforme de notre Eduction nationale, notamment en terme de travail « hors les murs ».

Alors, non. Le numérique français n’a pas besoin d’être défendu. Pour se développer, c’est de pédagogie dont les décideurs ont besoin, pour le comprendre et en tirer enfin partie. Pour cela, je vous conseille la lecture d’un autre ouvrage, à paraître le 16 mai : « L’Age de la multitude : Entreprendre et gouverner après la révolution numérique » d’Henri Verdier et Nicolas Colin. Éric Boustouller explique pourquoi le numérique est important. Eux expliquent comment.

AB

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  2. chantal V. | 3 mai 2012 à 11:57

    Le Numérique a besoin d’être défendu ! Oui. Dans le domaine de l’édition française, le retard s’accentue par rapport aux positions des éditeurs nord américains. Il y a un clivage générationnel autour du numérique dans l’édition. Des homes et des femmes aux commandes de structures éditoriales refusent (inconsciemment) de s’impliquer pour l’avenir. C’est là que se joue la forte résistance du numérique en France.

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