Data.gouv brade-t-il ses données publiques ? : Le blog Innovation de L'Usine Nouvelle, par la journaliste Aurélie Barbaux

Data.gouv brade-t-il ses données publiques ?

Le 20/02/2012 | Entreprise, Politique, Veille

Drôle d’impression lors de la présentation à la presse, le 16 février dernier, du dispositif DataConnexions, qui doit organiser la valorisation économique des données publiques françaises, mises en ligne début décembre 2011 sur le site Data.gouv. Car DataConnexions, c’est d’abord une communauté d’acteurs prêts à se mobiliser pour donner de la valeur à « ce trésor national », comme l’appelle Séverin Naudet, le président d’Etalab (la structure dépendante du Premier ministre qui pilote Data.gouv). « Un trésor national qui n’a de valeur que si l’on s’en sert » rappelle Henri Verdier, président du pôle Cap Digital. Car en Open Data, la donnée publique brute est gratuite. C’est du moins le choix de la France, de l’Europe, des États-Unis aussi. C’est de l’écosystème, des start-up, des services innovants développés par le croisement de ces donnés, que se crée la valeur.

Une valeur qui intéresse au plus au point les premiers membres de DataConnexions… Google et Microsoft, deux des trois partenaires « premium » de la communauté, avec Orange. Ce n’est pas tant qu’ils soient Américains, qui m’a gêné, c’est ce qu’ils amènent dans le dispositif DataConnexions (qui prévoit sur 2012, quatre concours et quatre rassemblements de la communauté), qui fait un peu frémir. Google, par exemple, compte bien imposer ses outils et ses process. « La participation de Google est normale. La mise à disposition des informations est la vocation de Google. Et les données publiques sont une pépite ». Une pépite, que Google propose d’extraire grâce à un de ses outils, DataExplorer et via ses marathons de développeurs, les Hackathons. « Concrètement, Google va organiser 4 hackathons en 2012. L’après-midi, les jeunes développeurs sont coachés par des ingénieurs de Google, qui leur expliquent nos outils. Le soir, ils travaillent, en temps limité, au développement d’une application d’open Data, qui pourra être candidate au concours Dataconnexion. Le premier hackathon se tiendra le 14 mars. »

Autrement dit, via DataConnexions, le gouvernent favorise les outils de Google. Idem pour Microsoft. « Les lauréats des concours bénéficieront gratuitement de notre cloud Azure et du programme BizSpark (aide plus de 1000 PME start-up coaching et outils gratuits + 110 incubateurs et partenaires). Nous mettrons aussi à disposition une solution open source, pour permettre la publication des données. Nous allons également héberger un des quatre concours, et on va proposer 4 « bootcamp », des journées de coaching pour développeurs », explique Jean Ferre Microsoft France. Il a même tenu à préciser : « C’est en France qu’est mené cette démarche open source sur l’open data chez Microsoft ». Un autre pays ouvre-t-il aussi grand ses données et sa confiance à un acteur étranger, aussi prodigue soit-il ?

Avec DataConnexions, Etalab donne donc à Google et Microsoft, un accès ultra privilégié à la valeur ajoutée qui peut naître de l’open data national. Et leur permet en plus d’imposer leurs outils. Même s’ils sont open source, ce sont ceux qui les maîtrisent le mieux (souvent ceux qui les ont développés), qui en tirent le plus de profit !

Certes, il y a aussi des acteurs français, Orange, La poste, SNCF, et même Dassault Système, via sa filiale Exalead (moteur de recherche d’entreprise) parmi les grands partenaires de DataConnexions. Mais, la forte proportion parmi les autres partenaires de fonds d’investissements (qui revendent régulièrement aux Américains, les pépites dans lesquelles ils investissent) et l’absence d’ONG ou associations citoyennes autour de la table, donnait définitivement le ton, le 16 février dernier.

L’open data français est ouvert… aux rapaces. Seule lueur d’espoir… l’invitation au rêve d’Henri Verdier, de Cap Digital. Il Imagine que d’ici à 3 ans, en croisant les données de Pôles Emploi, de l’Apec avec celles de lInkedIn, on pourrait faire efficacement reculer le chômage… C’était le seul autour de la table à imaginer la valeur ajoutée, autrement que sous forme de dividendes. J’espère qu’il n’est pas le seul.

AB

bulle Reactions
  1. ouverture d'esprit | 20 février 2012 à 15:13

    Limiter l’accès aux données à certains plus qu’à d’autres, ce n’est plus de l’ouverture, mais de la fermeture. Le modèle de Google est différent du monde de l’économie traditionnelle. Ces entreprises créent des plate-formes et non des produits : elles fournissent un language et des outils à la « longue traîne » de l’économie -les développeurs, les PME, les particuliers,…- pour qu’ils puissent créer, construire, mettre en oeuvre les services qui vont avec. Elles ne peuvent vivre sans les « petits », qui ne peuvent vivre sans elles. Ca s’appelle un éco-système. Le contraire d’un monopole et d’une filière verticale. Elles encouragent l’amélioration permanent de leurs propres solutions. Ca s’appelle l’open sourcing. Le contraire de la propriété et des barrières à l’entrée.
    Google veut organiser et diffuser l’information mondiale (c’est son mantra). Quel acteur public le fait ? Au contraire les acteurs publics jusqu’alors enfermaient l’information, la fragmentait, voire la faisait payer.
    Je crois pour ma part au partenariat entre ces entreprises et la puissance publique, au service du développement de l’économie de l’information.

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  5. Jean Ferré (Microsoft) | 21 février 2012 à 18:51

    Bonjour,

    Une petite précision : Microsoft ne récupère pas les données ni même ne les lie à sa plateforme. Microsoft se contente de fournir des outils opensource, utilisant des formats standards – et donc non propriétaires – pour permettre à des entreprises, françaises en particulier, de pouvoir plus facilement valoriser des données publiques que les administrations souhaitent rendre publiques – avec les externalités positives économiques et sociétales, que l’on connaît : transparence, vie démocratique. L’ensemble de nos dispositifs de soutien aux start-ups et incubateurs est sans contrepartie commerciale.
    Microsoft propose par ailleurs une solution d’hébergement cloud, en l’occurrence Windows Azure, efficace en terme de couts et montée en charge, et adoptée par plusieurs collectivités locales, simplement parce que c’est une solution pratique et fonctionnelle.

    Nous avons plébiscité la démarche Dataconnexions parce qu’elle nous paraît innovante, et en avance mondialement. Si la France a cette longueur d’avance sur l’open data, et si nous avons pu y contribuer, c’est certainement une bonne nouvelle pour Microsoft France … mais c’est surtout une bonne nouvelle pour la « plateforme France », pour reprendre l’image d’Henri Verdier, et pour l’économie publique et entrepreneuriale française !

    Et on peut prolonger l’échange IRL, si vous voulez :)

  6. AB | 21 février 2012 à 19:27

    Avec plaisir pour prolonger la discussion.

    Mais déjà…
    Je sais que Microsoft n’a pas vocation à récupérer les données.
    Et que votre programme Bizspark, né en France sous un autre nom…, est plutôt exemplaire en matière de soutien marketing aux start-up.
    Et je ne fais pas le procès de Microsoft, ni de son action.
    Mais reconnaissez que Dataconnexion vous donne un accès ultra privilégié à la valeur ajoutée qui pourra naître de ces données publiques.

    Observatrice depuis des années de la difficulté des PME innovantes françaises à grandir, parce que les grandes groupes (français pour certains )ne les y aident vraiment pas, je me sens responsable d’alerter à chaque fois que j’ai le sentiment que les conditions de croissance ne sont pas optimales. C’était le cas.
    J’espère que vous me prouverez tous le contraire. Et que naîtront enfin quelques champions nationaux de l’exploitation de ce trésor national ou des services, qui feront du bien aux gens de ce pays.

  7. [...] fédératrice de l'open …Localtis.infoCommentCaMarche.net -Net-Iris -L’Usine Nouvelle8 autres [...]

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  9. chmillot | 23 février 2012 à 14:48

    Pour le moment, il n’est pas évoqué dans les commentaires les profits envisageables pour Google et Microsoft par l’exploitation, manifestement intelligente, de ces sources, accompagné d’une fine stratégie de formation (formatage ?) des mashupeurs de génie ? N’est ce pas ce qui inquiète en premier lieu ? ça peu ; mais comme toujours avec ces géants, il faudra faire avec, l’accepter rapidement pour mieux en tirer profits à notre tour quand ce n’est pas juste pour garder la main.

    Reste les inquiétudes quant à la théorie de la domination globale américaine… Force est de constater que l’Europe est bien incapable pour le moment de réagir et peine à faire sienne, ces nouveaux modèles économique venus d’outre atlantique , empêtrée que nous sommes sur des grands projets tels que Andromède, Galileo…

    La lutte est inégale pour le moment, rien ne nous empêche de nous y préparer. Toute lutte frontale sera un échec ; Accompagnons cet inéluctable mouvement tel un judoka qui se servira de la puissance de son adversaire pour arriver à ses fins.
    Il y a bien l’entente cordiale mais je n’y crois pas et ce n’est pas la titraille bien sentie de cet article qui me fera penser le contraire ;)

  10. M-Rick | 24 février 2012 à 10:02

    Google n’est pas un philantrope, en plus le dev kit de carthographie va devenir payant et pas du tout bon marché ! Le but de Googl est d’agglomérer un maximum de données personnelles afin de pouvoir en faire monnaie par la mise en place de tout un tas de services plus ou moins gratuits. Alors continuer à croire que Google est là pour le bien être de tous faudrait revenir les pieds sur terre !
    O0n brade tout au ricains et aux grosses sociétés étrangères alors qu’il y a plein de startup qui crèvent en France et après on vient pleurer parce qu’on manque d’ingénieurs alors qu’en fait tout pour qu’ils aillent voir ailleurs !

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  14. Alan | 28 février 2012 à 0:10

    Quand on voit les conditions du concours ImagineCup pseudo OpenData organisé par Microsoft pour lequel l’usage des formats propriétaires .ppt .pptx et .wmv est imposé pour les présentations des candidats, il est permis de douter sérieusement dans le cadre de ce DataConnexion de l’altruisme du géant déjà condamné à plusieurs reprises pour abus de position dominante…

    PS pour Jean Ferré : un format standard cela ne veut rien dire, on parle de formats ouverts ou pas. Par définition les formats propriétaires de Microsoft, iso ou pas, ne sont pas ouverts. Par ailleurs opensource n’est pas libre, un monde les sépare…

  15. Vincent | 26 avril 2012 à 21:53

    Aurélie, et vous autres blogueurs,

    Merci pour votre article et vos commentaires.

    Je vous invite à visiter http://www.attlas.fr.
    Vous y découvrirez un projet de service public candidat au concours DataConnexions, porté par un EPA et des petites structures associatives, qui s’intéresse aux entreprises et aux territoires, mais qui je l’espère sera porteur d’avantage de productivité sociale que de dividendes …

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