Délocalisations, appauvrissement de la population, éducation nationale défaillante, croissance économique au point mort… le constat est déprimant. Mais si l'on laissait un peu plus de place aux initiatives individuelles, le pays (la France) pourrait de nouveau innover au profit du plus grand nombre et non pas d'une poignée de "super capitalistes". C'est en substance le message du livre "Aux actes citoyens, de l'indignation à l'action" (Maxima, Laurent du Mesnil Editeur) que viennent de publier Hervé Sérieyx et André-Yves Portnoff. Leur idée ? Prendre en exemple les quelques rares initiatives citoyennes, sociales et/ou solidaires, pour montrer que c'est possible, que cela peut marcher, mais qu'il faut que l'Etat laisse du mou et que chacun se sente concerné.
En matière d'éducation par exemple. Les performances de notre système éducatif laissent plus qu'à désirer. Ce dernier fait objet de toutes les critiques : "Il s'attache plus à classifier les disciplines qu'à favoriser le développement d'esprits libres", écrivent les auteurs. Pire, "il favorise l'acquisition passive de connaissance […], survalorise l'abstraction par rapport au concret […] , enseigne une méthode cartésienne appauvrie, qui permet tout au plus de traiter la complication mais pas la complexité". Enfin, notre système "encourage le travail solitaire (ne copie pas !) et une hypertrophie de l'enseignement par discipline"… au lieu de la collaboration et de l'interdisciplinarité, qui est pourtant le secret des innovateurs. Sans parler "du culte immodéré que nous vouons en France aux diplômes".
Les pistes pour une éducation plus performante sont pourtant connues : sur la base d'un socle commun de connaissances, s'attacher à aider "chaque" élève à trouver son projet, ouvrir l'école à d'autre acteurs, éduquer un comportement d'acteurs en réseau (avec les enseignants comme exemple !)… et surtout apprendre à tirer parti de ses échecs… "On trouve d'autant mieux son Nord qu'on accepte d'être remis en cause."
Mais réformer notre éducation nationale semble impossible. D'un seul coup, peut-être. Mais en acceptant que ceux qui ont de bonnes idées, puissent les mettre en oeuvre, pour démontrer que l'on peut faire autrement, pour essaimer ensuite leurs bonnes pratiques, permettrait de faire bouger les lignes. Chacun est concerné, parents, jeunes et enseignants bien sûr. "Dans ce domaine, de nombreux professeurs fournissent, contre le cours du jeu, le meilleur d'eux-mêmes. Ce sont leurs initiatives innovantes que les ministres doivent protéger, par un droit à l'expérimentaient transgressive, plutôt que de chercher à donner leurs noms successifs à des loi de réforme mort-nées."
Même raisonnement en matière économique et sociale. Il est possible de penser l'entreprise autrement et de miser sur l'intelligence collective, plutôt qu'uniquement sur la quête incessante du profit. C'est le cas de quelques rares entreprises, comme l'éditeur américain SAS Institut, qui place le bien-être de ses salariés au premier plan de sa stratégie de développement, ou la FAVI, sous-traitant industriel picard de 450 personnes, qui fonctionne très bien sans chef ! Les auteurs mettent aussi en avant les cas de Doublet, (spécialiste des drapeaux) de Michelin et même de LG, qui osent investir sur le long terme, ou encore du distributeur américain Costco, qui s'attache à payer correctement ses salariés, ainsi plus motivés à valoriser l'entreprise auprès des clients. On ne peut malheureusement pas multiplier ces exemples à l'infini. Car la plupart de ces entreprises sociales, voire solidaires…ont un atout que les autres n'ont plus. Elles ne sont pas soumises aux lois du marché financier, qui poussent les dirigeants à se préoccuper plus du cours de Bourse que de leur rôle dans la société ! Les auteurs expliquent néanmoins que certaines de ces entreprises commencent à relocaliser, conscientes qu'une production doit rester à proximité des centre de R&D, pour être vraiment en mesure d'innover ! Ils tentent aussi de démontrer que les entreprises, même cotées, qui misent sur l'intelligence de tous leurs salariés, peuvent réussir. Il plaide surtout pour une pensée complexe : "une compréhension de la complexité permet justement de savoir par avance qu'il peut se produire des ruptures et qu'il faut donc anticiper, imaginer de telles situation, prévoir comment agir […] La réactivité qui implique l'écoute des signaux faibles et des informateurs impertinents est devenue une condition de survie".
L'action de chacun pourrait donc compter. "L'instabilité symbolisée par l'effet papillon a une conséquence qui fonde notre responsabilité individuelle." Certes, mais alors que les auteurs finissent chacun de leurs chapitres aux titres évocateurs comme "Devenons tous des citoyens Web 2.0", "Ressuscitons autour de nous la passion du savoir" ou "Participons au développement de notre propre territoire", par un vibrant "Aux actes Citoyens". Pour celui intitulé "Brisons le métro-boulot-dodo", rien. Juste un constat d'échec. Dommage.
AB













Merci pour votre article sur le livre de Sérieyx et Portnoff. Pour répondre à votre remarque de la fin, je viens de publier un ouvrage qui est tout entier consacré à ce problème : « Pourquoi le travail nous emmerde… et comment faire pour que ça change ! » (http://www.maxima.fr/index-fiche-434-Pourquoi-le-travail-nous-emmerde-et-comment-faire-pour-que-ca-change-.html).
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