Quasiment inconnue de ce côté de l’Atlantique il y a encore dix-huit mois, l’innovation ouverte (open innovation) est désormais LE sujet « innovation » à la mode, des conférences surtout.
Pour sa première édition, la Grenoble Innovation Fair, qui s’est tenue à Grenoble les 22 et 23 octobre dernier à l’instigation de la triple structure d’incubation publique régionale Grain-Pétale-Gravit, n’a pas dérogé à la règle.
L’occasion pour cinq grandes entreprises internationales de présenter leur stratégie innovation qui, mondialisation obligent, ont toutes désormais au moins une composante d’ouverture : boulimie d’acquisitions et écoute clients chez l’éditeur américain Oracle (mais est-ce bien de l’open innovation ?) ; chasses aux idées innovantes en interne et chez les utilisateurs avec un soupçon de partage de propriété intellectuelle chez Nokia ; approche systématique « make or buy » chez le Suisse Roche ; ou encore mixte entre collaborations avec laboratoires académique, innovation interne et un sourcing balbutiant auprès des PME chez Air Liquide.

Monica Beltrametti, VP directrice du centre de recherhce Xerox à Grenoble
Mais ce n’est pas le quoi, qui est le plus intéressant, mais le comment. A cet égard, la présentation du Dr Monica Beltrametti, vice-présidente du Xerox Reseacrh Center à Grenoble était celle à ne pas manquer. Fort de cinquante ans de pratique de la collaboration en matière d’innovation, parcemé de quelques célèbres « ratés », Xerox (75700 salariés, 17,6 milliards de dollars de chiffres d’affaires, 8000 brevets actifs, 884 millions d’euros investis en R&D et une aventure commune avec le japonais Fuji) a tiré des enseignements de ses aventures. Les voilà résumés en cinq leçons :
Leçon 1 : L’open innovation doit coller à la stratégie de l’entreprise.
Concrètement, définir comment on innove dans quelles conditions. Pour Xerox, c’est désormais assez clair : pour l’innovation incrémentale sur ses métiers coeurs, Xerox co-développer avec ses fournisseurs ; pour les technologies émergentes, Xerox travail avec des nouveaux partenaires; pour les nouveaux marchés, Xerox s’ouvre le plus possible aux idées extérieures; enfin, pour les l’exploration (nouveaux concepts sur de nouveaux marchés), où le retour sur investissement est très aléatoire, Xerox constitue des consortium pré-compétitifs avec d’autres grands comme Kodak ou Motorola.
Leçon 2 : Vérifier que vous avez les bons ingrédients.
Si une entreprise cherchent des idées ou des technologies innovantes en faisant appel à la communauté internationale de chercheurs ou d’utilisateurs (par exemple via des plates-formes électroniques de type NineSygma ou Innocentive), mieux vaut bien se préparer : estimer le coût, se limiter à une exploration quantifiable et évaluable (pas trop large) et surtout vérifier que le « brocker » a l’expertise technique nécessaire pour solliciter les bons réseaux.
Leçon 3 : faire de ses clients une partie intégrante de sa stratégie open innovation.
Cela parait évident, mais cela va mieux en le disant.
Leçon 4 : construire et équilibrer son réseau
« Attention, tous les partenariats n’entre pas dans une stratégie d’open innovation », rappelle Monica Beltrametti. d’autant que faire vivre un réseau a un coût, loin d’être négligeable.
Leçon 5 : Gérer sa propriété intellectuelle en soutient de sa stratégie
« Les accords sont aujourd’hui deux fois plus longs à signer et plus complexes qu’il y a dix ans , observe la directrice du centre européen de recherche de Xerox. Chaque organisation, université, laboratoire publique, entreprise a une approche différente. Sans parler des multiples législations des différents pays . »
Une vraie école de patience !
J’ajouterai une leçon 6 : L’innovation ouverte ce n’est pas piller, mais partager.
Il faut donc aussi apprendre à donner, ou au moins à ne pas enterrer les technologies ou les idées inexploitées. Elles peuvent servir à d’autres, parfois même pour le bien de tous.
Dans ces conditions, alors, effectivement, l’innovation ouverte ce ne sera pas qu’une mode mais « une façon dominante de faire des affaires dans le futur », comme l’avance Monica Beltrametti.
AB













Bonjour Aurélie,
vous produisez une fois de plus un très bon article de plus sur l’innovation ouverte (open innovation) en France. J’ai moi même fait un petit compte rendu (en anglais) de la présentation de Dr Beltrametti: http://www.presans.com/news/open-innovation-five-lessons-according-xerox
Je suis ravi d’avoir pu (enfin!) faire votre connaissance au GIF à Grenoble.
Encore une fois merci pour cette série d’articles passionnant sur l’open innovation.
Cordialement
Albert
Pour aider à réaliser la leçon 4 « construire et équilibrer son réseau » le site http://www.expernova.com/ permet de rechercher des compétences pointues dans les laboratoires de recherches européens.