Peut-on innover sans travailler et investir autrement ? : Le blog Innovation de L'Usine Nouvelle, par la journaliste Aurélie Barbaux

Peut-on innover sans travailler et investir autrement ?

Le 17/01/2012 | Culture, Entreprise, Management, Politique
Cela en deviendrait presque lassant de devoir encore et encore le répéter. Oui, l’innovation, dans les entreprises notamment, est la priorité pour sortir de la crise, de la dette, de la désindustrialisation. Les plans de relance basés sur la consommation arrivent au bout de leur logique. Pour recréer des emplois, il faut des produits neufs, pas forcement manufacturés d’ailleurs. C’est dans les industries nouvelles innovantes qu’il faut investir.
Mais pour innover plus, il faut commencer par innover dans les idées, les modèles, les solutions. Depuis 2005, force est de reconnaître que le gouvernement s’y est essayé, mais pas toujours avec la constance souhaitable, ni en allant au bout de sa logique. Et en misant toujours et uniquement sur la R&D…
Prenez la reforme du Crédit impôt recherche. Le monde entier nous l’envierait, mais, dès qu’on y regarde de plus prêt, il bénéficie surtout aux grandes entreprises, sans réellement les motiver à investir plus en R&D et surtout autrement. « Il a comme principale vertu de baisser le coût du travail en R&D », rappelle Olivier Dahu, président de CroissancePlus. Très bien, mais alors pourquoi toutes les associations professionnelles de PME innovantes (CroissancePlus, Afdel, Comité Richelieu, Syntec numérique…), demande-t-elle, bien sûr de pérenniser le dispositif, mais aussi de le modifier pour «  intégrer les différentes étapes de la R&D au lancement du produit ». En clair, le transformer en crédit impôt innovation. Peut-être parce qu’en l’état, le CIR n’incite pas… à innover.
Prenez aussi les investissements d’avenir. Forcément, aligner 35 milliards d’euros en pleine crise pour booster la recherche et l’enseignement supérieur ne peut être que vertueux. Surtout qu’en plus, sur le papier, l’argent investit par l’Etat doit susciter un investissement au moins équivalent dans le privé. Mais la mise en œuvre est toute autre. Car ce sont encore les grandes entreprises, du transport notamment, disposant des projets de R&D déjà prêts, qui ont bénéficié des premières subventions… sans contrepartie. L’installation des projets d’institut de recherche technologique (IRT) achoppe, elle, sur les exigences de chacun en matière de propriété industrielle. Quand aux grands consortiums public-privé, qui avaient si bien fonctionné du temps d’Airbus, ils s’avèrent particulièrement inadaptés à l’économie numérique, qui requière tout sauf des structures lourdes, avec un Etat actionnaire exigeant.  On le voit avec l’affaire Andromède.
L’autonomie des universités étaient aussi une bonne idée. Mais, pour la mener à bien, il faut leur en donner les moyens, financiers, humains et… du temps. On ne passe pas d’une logique de fonctionnaire à celle de chef d’entreprise rompu toute à la fois à la productivité et à l’open innovation, en quelques mois. Déjà que les entreprises elles-mêmes ont du mal !
Alors quels leviers innovants actionner pour booster l’innovation en France et qui sortent des niches fiscales (Statut JEI, Dispositif TEPA…) éternellement rabotées pour éviter, qui les dévoiements, qui les coûts excessif, qui les cumules…. Allons donc voir dans les listes de 10, 20 propositions et autres livres blanc des associations.
Si on écarte les énième propositions de statut d’entreprises innovantes et de croissance pour faire bénéficier les valeureux bénéficiaires d’avantages fiscaux, il semble qu’il y ait un sujet qui fasse consensus, même s’il n’a rien de bien nouveau : trouver le moyen de revaloriser l’investissement privé en entreprises. Certes, chacun y va de sa recette. Les éditeurs de logiciel (Adfel) veulent regonfler les FCPI. CroissancePlus rêve encore de « détourner une part de l’épargne des particuliers en assurance vie au profit de la création d’entreprise en générale pour ne pas passer à côté des idées innovantes à succès, qui sont souvent les plus difficiles à desceller », explique Olivier Duha. Tous rêvent aussi de voir se développer les réseaux de business angels, comme chez nos voisins britanniques (dont le dispositif  de type TEPA est plafonné à 1 million de £  contre 40 000 € en France !). Mais pour y arriver « c’est un profond changement de mentalité qu’il faut opérer, en commençant par redonner aux ingénieurs le goût de produire et d’entreprendre », explique Laurent Vronski, vice-président de CroissancePlus et dirigeant d’Ervor. De fait, si les élites préfèrent la finance et les grandes administrations, comment peuvent-elles insuffler une culture de soutien à l’entreprise … et placer l’investissement (au détriment des dividendes !) dans leur priorité lorsqu’elles arrivent à la tête d’un grand groupe !
Une autre idée innovante se retrouve dans certains programmes : la  reconnaissance et le soutien au PME solidaires ou durables, comme l’on veut.  CroissancePlus leur imagine un réseau. Syntec Numérique commence même sa liste de proposition par « une reconnaissance des entreprises responsables valorisant leur capital humain ». Certes, dans ses membres, il y a nombre d’ingénieristes aux mauvaises habitudes managériales. Mais sur les traces de quelques industriels comme Favi, des voix se lèvent, notamment chez les jeunes dirigeants, pour pousser l’innovation sociale comme levier efficace et indispensable. Travailler plus, peut-être. Travailler autrement surement. Un salarié responsable est bien plus motivé et efficace, et surtout bien moins absent. Mais est-ce que l’Etat peut inciter ces comportements vertueux, sans les dévoyer. Le réussir serait à l’évidence une façon innovante de gouverner.

AB

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  1. [...] produire mieux, créer plus et innover. Je vous conseille d’ailleurs aussi de lire l’article Peut-on innover sans travailler et investir autrement ? d’Aurélie Barbaux, journaliste à [...]

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