« Les Allemands s’autocensurent encore plus que les Français ! » C’est par ce constat peu rassurant que s’est clos mon échange avec Véronique Hillen, enseignante en stratégie d’entreprises et innovation, responsable du département génie industriel de l’Ecole des Ponts ParisTech. La jeune femme a bien du mérite. Elle essaye depuis trois ans de convertir étudiants, designers et entreprises françaises à la pensée design, ou design thinking. L’initiative n’a rien d’une sinécure !
Née en Californie, et mis en pratique par l’agence Ideo, le design thinking consiste à faire réfléchir sur un sujet un groupe de 3 à 10 de personnes au profils très différents, (designer, sociologue, technicien, ergonome…) pour, après avoir cassé les préjugés, émettre des idées et les tester le plus vite possible pour arriver, de proche en proche, en itérant beaucoup mais sans rien s’interdire à priori, à un nouveau concept, produit, service. Une sorte de méthode d’innovation de rupture empirique. Pour mieux comprendre, référez-vous au livre « L’esprit Design, de Tim Browm, paru à la rentrée en version Française aux éditions Village Mondial.Mais revenons à la France. Véronique Hillen a décidé il y a deux ans de monter, à l’école des Ponts, un programme de formation de la D. School /Institut du design de Stanford, financée par l’ancien patron de SAP, Hasso Plattner, grand adepte du design thinking.
Tous les ans, elle sélectionne des groupes de trois étudiants, et trois designers, les plus ouverts d’esprit possible, pour travailler sur un « mandat » confié par un industriel français. Cette année, Thales, EADS, Suez et le tandem Amplitude Télecom/INRS ont soumis des sujets. Elle a obtenu un espace de travail adapté, qui doit permettre de rompre plus facilement les codes, de 250 mètre carrés… quand les autres écoles participantes (en Allemagne, au Japon ou en Finlande en ont 2000 !
« C’est ça ton truc, une maternelle !» , lui ont lancé certains de ses confrères méprisants ! Ils ne croit pas si bien dire. Car c’est effectivement au niveau de la maternelle qu’il faudrait revenir pour apprendre à sortir d’une pensée cartésienne afin d’imagier le monde, et donc les objets, autrement. Certains français y arrivent quand même. Ainsi, l’année dernière, un groupe qui devait réfléchir à une bouteille d’eau développement durable… ont fini par proposer un système de fontaine, filtrante, avec carafe se remplissant par le fond, pour fournir l’équivalent de l’eau minéral, à la maison. Pas de bouteille donc. L’industriel était fort mari. Un professionnel de l’environnement, distributeur d’eau, pourrait en revanche exploiter l’idée.
Mais que le chemin est difficile. Véronique Hillen s’accroche, mais reconnait que le design thinking est loin d’être adapté à nos structures mentales, du moins celles de nos ingénieurs. Elle y croit pourtant. On la soutient.
AB













2ème paragraphe: après avoir cassé
Bravo pour ce blog chaque fois intéressant
Il faut dépasser la notion simpliste du design thinking d’ideo et de la D-School.
La transdisciplinarité, encouragée par Edgard Morin nous est peut être plus adapté.
Bravo à l’initiative de Véronique Hillen, il faut tout essayé car son diagnostic est le bon.
PS/Le Design Thinking vient de la Rotman School of management de Toronto. (Roger Martin)
Il est clair que le « Design Thinking » doit être adapté à un contexte français où l’innovation n’a de valeur que si elle est technologique. Imaginer donc une R&D drivée par un designer ? Impossible ? Mais impossible n’est pas français ! A quand donc une vraie révolution dans le design, des programmes des écoles de design jusqu’aux politiques en passant bien sûr par les centres de recherche publiques et les entreprises (start-up -> grands groupes) ?
ne confondons pas a la manière du design, l’esprit du design et la pensée du Design. et ne confondons pas Ideo et la pensée du Design nécessaire à un monde qui est dans une crise si profonde qu’il remet en cause les modèles et les certitudes