L’École Polytechnique forme-t-elle efficacement à l’innovation ? : Le blog Innovation de L'Usine Nouvelle, par la journaliste Aurélie Barbaux

L’École Polytechnique forme-t-elle efficacement à l’innovation ?

Le 05/10/2011 | Culture, Management

Ils étaient peu nombreux, les X 2010 à être présents à la journée de l’innovation de l’École Polytechnique, le 26 septembre dernier. Pourtant, pour la première fois, l’école avait concentré en une après-midi, la remise des prix pour les meilleurs projets scientifiques partagés, le prix de l’entrepreneur, le prix du brevet et le nouveau prix de l’entreprenariat prix Jean-Louis Gérondeau / Zodiac Aerospace. Et pour expliquer à ces futurs X, l’importance d’innover, une table ronde de choix (2 entrepreneurs, un responsable de l’INPI et un business Angles), avait été réuni pour les motiver.

L’idée était également de leur « vendre » le Master PIC (projet – Innovation-Conception), lancé conjointement par à HEC et Polytechnique en 2005. « Il est construit sur l’Alternance, avec des cours théoriques et un projet de master réalisé sur des cas concrets proposés par des entreprises, comme Safran, Valeo, Oberthur ou PSA » Explique Christophe Midler, le responsable du matser. 90 étudiants, sur une promotion de 500 y seraient inscrits. La direction de l’école voulait aussi promouvoir un autre master « Création d’entreprise ». L’X dispense aussi à ses élèves un grand cours sur la gestion des entreprises et des organisations. « Mais l’innovation ce n’est pas des slogans, mais des méthodes, une rigueur, et du bon sens, observe Éric Gaudelier, professeur des sciences sociales et humaines à Polytechnique. Pour lui, penser le changement s’apprend. Mais il faut croiser les points de vue avec des étudiants d’autres formations et surtout venu d’autres horizons, d’autres cultures. « La chaire « Multicultural Management and Business Performance » conjointe HEC- Polytechnique fiancée par Renault a justement cet objectif. » Mais Éric Gaudelier le reconnaît. Malgré les efforts de formation à l’innovation dispensée par l’X, Il arrive assez souvent que les jeunes diplômés, une fois en poste dans un grand groupe français, soient « remis dans le droit chemin ». On n’attend pas forcément d’eux d’être des innovateurs, mais de bons ingénieurs, qui résolvent un problème dans le cadre, pas or du cadre.

Et les exemples de start-up nées à l’X sont encore peu nombreux. « De petites entreprises sont créées par les écoles, dans un incubateur qui accueille en ce moment 7 entreprises, qu’on aide à démarrer, explique toutefois Marion Guillou, Président de l’École (et directrice de l’INRA). On a créé un petit fonds qui les aide à démarrer. 7, ce n’est pas beaucoup, mais elles partent dès qu’elles sont incubées… » Effectivement, les fondateurs de l’apps Mojo (discussion collective par SMS) sont partis à Centrales Paris, faire grandir la leur. ! « C’est nouveau, reconnaît Marion Guillou. Mais la dynamique est lancée. »

L’enseignement reste toutefois très scientifique. « Pour l’instant, on fait de la créativité par la recherche, mais il n’y a pas encore de parcours explicite qui mêle la créativité artistique et la créativité scientifique», explique Marion Guillou.

L’École héberge aussi une chaire du management de l’innovation financée par Air Liquide, le groupe Seb, Groupe Safran, Renault et Valeo. Son activité devrait être redynamisée cette année avec l’arrivé de Romain Beaume. A suivre.

Au final, la première école d’ingénieur en France, déploie certes depuis cinq ans de gros efforts pour inciter ses étudiants à innover. Mais avec une approche encore assez académique et peu Innovante !

AB

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  1. [...] L’École Polytechnique forme-t-elle efficacement à l’innovation ? Ils étaient peu nombreux, les X 2010 à être présents à la journée de l’innovation de l’École Polytechnique, le 26 septembre dernier. Pourtant, pour la première fois, l’école avait concentré en une après-midi, la remise des prix pour les meilleurs projets scientifiques partagés, le prix de l’entrepreneur, le prix du brevet et le nouveau prix de l’entreprenariat prix Jean-Louis Gérondeau / Zodiac Aerospace. Et pour expliquer à ces futurs X, l’importance d’innover, une table ronde de choix (2 entrepreneurs, un responsable de l’INPI et un business Angles), avait été réuni pour les motiver. Source: blog.usinenouvelle.com [...]

  2. EPinnovation | 6 octobre 2011 à 16:36

    Je me permets d’apporter des éléments qui tempéreront le propos de cet article. Etant issu du cycle ingénieur de l’Ecole Polytechnique, j’ai complété ma formation avec le master Projet Innovation Conception (www.masterpic.fr, vous pourrez d’ailleurs trouver sur le site les informations exactes concernant les entreprises partenaires de la chaire, le nombre d’élèves, l’ancienneté du master, etc…). Vous pourrez ainsi apprendre que les promotions du master comptent 20 élèves de profils variés (avec une majorité d’X et d’HEC), et lever le voile sur le fébrile conditionnel des « 90 élèves qui y seraient inscrits ».

    En ce qui concerne le titre en gras « l’enseignement reste toutefois très scientifique », je me permets de signaler la présence, parmi les parcours proposés au cours du cycle ingénieur, d’un programme d’approfondissement « Innovation technologique » qui permet de suivre, avec des volumes équivalents, des cours scientifiques et des cours business (création de start up, business strategy, etc…). C’est d’ailleurs ce parcours que j’ai choisi, comme une quarantaine d’élèves de ma promotion (10% du cycle ingénieur).

    Comme vous l’avez remarqué, l’Ecole Polytechnique fait de gros effort pour donner une solide formation en management de l’innovation. Comme son nom l’indique, la formation d’une école d’ingénieur doit se baser sur un socle « académique », c’est de là qu’elle tire sa légitimité. Les travaux du centre de recherche en gestion, qui porte le master PIC, ont permis, à partir d’une expérience sur le terrain, de construire des modèles de gestion de l’innovation qui sont enseignés aux élèves. Ces derniers passent par ailleurs 17 mois en entreprise (3 jours par semaines) sur un projet innovant, ce qui leur permet d’affronter la réalité du terrain et de participer à affiner les modèles d’innovation.

    Je ne cherche pas à « vendre » (pour reprendre votre expression) le master PIC ni l’École. Je cherche simplement à corriger et compléter les informations que vous avez avancées. Les lecteurs pourront se faire une meilleure idée de la réponse à la question du titre, et peut-être dépasser le ton par endroits péremptoire de votre article.

  3. AB | 6 octobre 2011 à 16:40

    Merci pour ces précisions.

  4. gaga96 | 7 octobre 2011 à 9:12

    Bonjour,

    Ancien élève de l’X, promotion d’entrée 1996, je suis créateur d’une société de services autour d’une forme d’innovation ouverte. Le sujet m’est donc particulièrement cher.

    Je ne saurais décrire l’enseignement de l’X aujourd’hui, mais je peux parler de mon expérience d’il y a environ 15 ans. Le cursus de l’X n’a jamais eu pour vocation de former des innovateurs ou des créateurs d’entreprise, mais des haut-fonctionnaires d’État spécialisés dans les problématiques techniques. De plus, la formation polytechnicienne n’était pas une formation complète, car elle se poursuivait presque obligatoirement par une formation complémentaire dans une école d’ingénieur, chargée en principe de les former à un domaine technique (certains se spécialisant en fait dans la finance pour devenir trader). Il y a bien quelques 10 à 15% d’une promotion qui partaient vers la recherche, mais pas forcément dans l’optique d’innover en créant une entreprise à partir des résultats de leur recherche. Alors non, l’X n’a jamais formé à l’innovation en tant que telle.

    Toutefois, à l’époque où j’étais étudiant à l’X, en pleine bulle internet, de nombreux « jeunes anciens » (encore en école d’application ou à peine sortis) ont créé des startups, probablement plusieurs dizaines. Complètement en dehors du cadre d’un quelconque incubateur, d’ailleurs. Alors oui, les X peuvent être entrepreneurs et innovateurs. Pourvu que l’opportunité paraisse sérieuse.

    Il y a donc une apparente contradiction entre l’absence (à l’époque) de formation à l’innovation à l’X et le fait que beaucoup d’X soient capables d’entreprendre et d’être innovant. La réalité est que le concours d’entrée des grandes écoles d’ingénieurs (pas uniquement l’X) impose d’être capable d’être créatif pour résoudre des problèmes complexes pour intégrer. La sélection remplace d’une certaine manière l’absence de formation. Être innovant est un état d’esprit, ça se travaille, mais on ne s’y forme pas vraiment. N’est pas Steve Jobs qui veut.

    La gestion de l’innovation est certainement une discipline intéressante, mais elle n’est pas utile à un créateur d’entreprise. Elle vise les responsables R&D, marketing… des grandes entreprises qui ont des portefeuilles de projets à gérer. S’y former ne garantit pas que l’on sera innovant, mais simplement qu’on permettra à ses collaborateurs d’innover efficacement.

    L’absence de startups issues de l’X n’est pas une preuve d’absence d’innovateurs parmi les X actuels. D’abord, parce qu’un X en cours de formation n’a que peu intérêt à créer une entreprise pendant sa formation : le diplôme à une telle valeur pour le reste de ses jours qu’il est préférable de temporiser ses envies de création d’entreprise pour éviter d’abandonner ses chances de décrocher le diplôme. Ensuite parce que les startups issues de l’X sont souvent des spin-offs des laboratoires de l’X dans lesquels il y a avant tout des chercheurs et il n’y pas forcément beaucoup d’X parmi eux. Enfin, nul besoin d’incubateur pour de nombreuses startups, pourvu qu’on soit capable de trouver des investisseurs ; or les X ayant fait un début de carrière brillant dans une entreprise à forte notoriété ont un CV rassurant pour les investisseurs, et il connaissent parfois les bons relais vers ces derniers.

    Peu importe donc que l’X ne forme pas à l’innovation.

    Bien à vous.

  5. X-Entrepreneur | 7 octobre 2011 à 9:45

    Merci pour cet article. En tant qu’ancien élève de l’X et de Stanford, je voudrais apporter des informations complémentaires. Même si l’école met du temps à adapter ces cours à l’économie entrepreneuriale que nous voyons émerger aujourd’hui, les choses sont en train d’évoluer : places réservées pour les X au master HEC Entrepreneurs, cours création d’entreprise X-HEC et puis les Français sont très présents dans la Silicon Valley : les ingénieurs français constituant par exemple le premier contingent européen à Stanford. Enfin un master création d’entreprise technologique est en train de se mettre en place à l’X. Cela dit, la formation entrepreneurial et d’innovation que j’ai suivie aux Etats Unis n’a rien à voir avec ce que l’X et même la France peut proposer

    Cependant, les élèves n’attendent pas l’école pour créer des entreprises, la preuve en est les membres de ce tableau recensant plus de 50 start-up créées par des polytechniciens moins de 30 ans :http://xstartup.org/xstartup/startups.html

  6. SF | 8 octobre 2011 à 17:50

    Steeve Jobs était un autodidacte, car nul à l’école. ll n’a rien développé lui même. Il a fait travailler des ingénieurs (non sortis de polytechnique) et les a exploité à fond. Jobs était surtout un bon marketeux, un bon vendeur et un gourou… Un chef d’orchestre, imbu de sa personne car ayant un gros problème de reconnaissance et d’identité (son père arabe, son adoption par des universitaires…). Le gros cas psy qui a besoin qu’on le voit, qu’on l’adule, enfin.
    Les parents très conservateurs de la mère biologique de Steve Jobs ne voulaient pas que leur fille se marie à un Syrien, le père biologique (Abdulfattah John Jandali )
    http://www.dailymail.co.uk/news/article-2031575/Steve-Jobs-biological-father-speaks-yearning-meet-son.html

    En France, les Polytechniciens n’ont aucunement l’envie de créer leur boîte ou d’inventer eux même. Ils sont ce diplôme pour commander les autres, les techniciens/ingénieurs, et les exploiter au mieux. Voire, pantoufler en tant que fonctionnaire de haut niveau, à 500 KE annuels le salaire….

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