Tout ce qui brille n’est pas d’or : Les technologies de l’information sont en perpétuel mouvement. Patrice Desmedt, chef du service high-tech de L’Usine Nouvelle, vous fait partager ses découvertes numériques et décrypte celles qui vont changer l’économie.

Tout ce qui brille n’est pas d’or

Le 09/07/2009 | Informatique

or1Google astique les chromes de son arme anti-microsoft. L’annonce, sur le blog de l’entreprise, du système d’exploitation Google Chrome OS déclenche les passions. Le quotidien Libération en fait sa « une », on parle sur les sites web d’arme anti-Microsoft, voire de « véritable bombe atomique ». Rien de moins !

Je ne partage pas cet enthousiasme. Que Google nourrisse de grandes ambitions, c’est certain. Que le nouveau roi de l’internet veuille capitaliser sur son avantage pour prendre des parts de marché à Microsoft l’est tout autant. Que le cloud computing, qui se cache en filigrane, soit le sens de l’histoire, j’en conviens. Mais il faut raison garder.

Google annonce un système qui repose sur un noyau Linux. Le choix est logique et judicieux. Les qualités du système d’exploitation libre sont reconnues et la communauté des développeurs importante. Il n’empêche qu’après de nombreuses années, Linux reste, dans la plupart des entreprises, cantonné à certains types d’applications et qu’il n’a jamais percé sur le poste client. Dernier épisode en date, l’arrivée des netbooks ou mini-PC. Les premiers modèles étaient sous Linux. Très vite, Microsoft a donné une seconde vie à Windows XP et désormais plus de 80% des netbooks vendus le sont sous XP, malgré un prix de vente légèrement supérieur. Google cible, dans un premier temps, ces mêmes notebooks. Rendez-vous dans dix-huit mois pour faire les comptes. Je suis prêt à parier que Chrome OS ne fera qu’écorner XP. Parce que les utilisateurs « normaux » n’aiment pas le changement : ils se sont, tant bien que mal, habitués à une logique et à une interface. Ils ne changeront pas facilement. Parce que la bibliothèque d’applications sous Windows est riche et facilement identifiable. Enfin, parce que les applications pour Google Chrome OS seront, si j’ai bien compris, accessibles en ligne. Ce qui signifie l’obligation de travailler en permanence connecté à Internet. J’oubliais l’aspect irrationnel. Microsoft n’est pas (ou n’est plus) « aimé » parce qu’il est trop fort et qu’il en abuse. Et Google prend de plus en plus un air de Big Brother capable de tenir en ses mains toutes les informations sur les utilisateurs.

Ma position peut se discuter. Philippe Weppe, directeur général de Risc Group avec qui je déjeunais ce midi n’a pas manqué de me rappeler que le cloud computing représente l’informatique de demain. En recentralisant les données, il en assure la sécurité et l’accès à tout moment en tout lieu. Le futur poste de travail est un simple terminal d’accès à internet. Il a bien sûr raison. Mais à quelle échéance ? Le marché du cloud, en fait aujourd’hui du SaaS (software as a service) ne représente que 2% de l’ensemble de l’informatique. Il faudra encore de longues années pour que la majorité des entreprises souscrivent au concept. D’ailleurs, Google parle uniquement des netbooks, utilisés majoritairement par le grand public. D’ici à ce qu’une autre version de Chrome OS vienne titiller Windows dans l’entreprise, l’eau aura coulée sous les ponts. Pardon, Microsoft se sera mis en ordre de marche pour trouver une parade. Finalement, n’est pas là la meilleure nouvelle ? La concurrence est bénéfique !

Patrice Desmedt

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