Parasolid, 24 versions et autant d’années : Les technologies de l’information sont en perpétuel mouvement. Patrice Desmedt, chef du service high-tech de L’Usine Nouvelle, vous fait partager ses découvertes numériques et décrypte celles qui vont changer l’économie.

Parasolid, 24 versions et autant d’années

Le 10/04/2012 | Informatique Technologie | Mots clés:

Il y a, dans le domaine du logiciel, quelques valeurs sûres. Des produits inconnus du grand public, qui existent depuis plus de vingt ans et qui continuent de s’améliorer sans défrayer la chronique. Parasolid de Siemens PLM Software est l’un deux. Il s’agit d’un « moteur 3 D », le composant de base des logiciels de conception assistée par ordinateur (CAO) qui assure la modélisation géométrique.

Comme tout moteur, il est caché sous le capot de plusieurs modèles de marques différentes. Sans Parasolid, pas de Solidworks de Dassault Systèmes, ni de TopSolid de Missler ou de WorkNC de Sescoi. Ni, bien sûr, de SolidEdge ou de NX de Siemens PLM Software. Des grands éditeurs de CAO, seul PTC n’utilise pas ce moteur !

Lancé en 1988 par EDS, Parasolid a fait son bonhomme de chemin et la version 24.1 apporte son lot de nouveautés. Sans le savoir, nous utilisons quotidiennement des objets conçus avec un logiciel bâti autour de Parasolid. Téléphones mobiles, lampes, boîtiers d’ordinateurs, de « box », moteurs etc. Cela valait bien quelques lignes !

mar 22

La modération assistée par ordinateur

Economie Informatique | Mots clés:

Un rendez-vous avec Jérémie Mani, président de Netino, m’a fait découvrir un métier que je ne soupçonnais pas, celui de modérateur proposé sous forme de service par une société extérieure. Le besoin est évident et la course folle à l’instantanéité induite par le Web 2.0 a fait exploser les forums en tous genres. Dans ma grande innocence, je pensais que certains sites, en particulier ceux d’information, assuraient eux-mêmes la lecture et la validation des commentaires des lecteurs. Erreur. Bien que le niveau des discussions ait, selon moi, un impact sur la manière dont on juge la qualité d’un site, ce travail est souvent soit délaissé, avec toutes les dérives que cela engendre, soit sous-traité. Netino est l’une de ces sociétés qui assurent ce service. Pour augmenter son efficacité, elle recourt à un logiciel développé par ses soins, qui alerte les modérateurs sur les messages potentiellement litigieux. Une technologie d’analyse sémantique, couplée à une recherche de mots clés est l’une des bases de ce logiciel. Mais d’autres techniques sont ajoutées pour améliorer la détection. En particulier, une préqualification est réalisée à partir de l’historique de l’auteur.

Le service s’adapte aux demandes des clients. Un hebdomadaire refuse par exemple toute apologie du Front National ou appel au rétablissement de la peine de mort ; un site de rencontre exige une attention particulière pour éviter la prostitution ; un parc d’attraction interdit tout message trop critique, même s’il n’est pas grossier. Le filtrage a un autre atout qui peut paraître paradoxal, celui de favoriser la liberté d’expression. « Si l’on ne retire rien, argumente Jérémie Mani, il devient vite difficile de donner son avis. Si l’on laisse un « troll », dont le but n’est que de semer la zizanie, le débat tombe très vite dans le n’importe quoi et les internautes sérieux s’en vont. Au contraire, une modération réussie permet l’arrivée de participants qui ont des commentaires pertinents ».

Pour faire connaître les mérites de la modération, Jérémie Mani a ouvert un blog qui même humour et sérieux.



28

Galaxy Note 10.1, retour vers le futur

Informatique Technologie | Mots clés:

Difficile de retenir une annonce plutôt qu’une autre parmi le flot d’informations déversé depuis le Mobile World Congress de Barcelone. Dans le secteur agité des tablettes, je soulignerai pourtant le Galaxy Note 10.1. D’abord, parce que Samsung annonce des modèles jumeaux simultanément, le Note et le Tab. Même taille, même aspect, ils viennent – déjà ! — remplacer le 10.1 premier du nom, lancé au mois d’août dernier. Ensuite parce qu’il est livré avec un stylet et du logiciel adéquat pour en tirer parti, comme le Galaxy Note à écran de 5,3 pouces, qui est lui un smartphone. Cet accessoire nous plonge dans le passé, à l’époque où la technologie des écrans tactiles ne permettait pas réellement de piloter les applications à l’aide des doigts, faute de multitouch mais aussi d’interface adaptée. Les premières tablettes de NCR et de Fujitsu ainsi que le Newton d’Apple dans les années 1990, les Tablet PC dans les années 2000 avaient recours au stylet. L’actuelle génération de tablettes a ringardisé cet accessoire pour les applications grand public. Certains utilisateurs l’utilisent pourtant, par exemple pour dessiner. Samsung a eu la bonne idée de le remettre au goût du jour, en utilisant la technologie de Wacom, spécialiste en la matière. Du coup, le Galaxy Note 10.1 ouvre de nouveaux horizons applicatifs. Samsung évite d’ailleurs de l’appeler « tablette », histoire de le distinguer de son frère presque jumeau, le Galaxy Tab 10.1. Peu importent les arguties marketing. Le constructeur coréen a su, avec une technologie éprouvée, se projeter dans l’avenir et se distinguer de ses concurrents, au moment où tous les produits tendent à se ressembler de plus en plus.



jan 23

Hong Kong sait amadouer les dragons

Economie Initiatives Technologie | Mots clés:

La Chine fête en ce lundi 23 janvier son nouvel an et entre dans l’année du dragon. L’animal mythique, symbole des empereurs, est paré de nombreuses qualités. Il est puissant, tenace, combatif, chanceux… Il aurait aussi quelques défauts. En cas de défaite, il peut entrer dans une colère noire. Pour cette raison, les architectes de Hong Kong ont pris des dispositions, afin de ne pas mécontenter les dragons qui désirent se rendre en bord de mer. Certains grands (et larges) immeubles de la côte disposent d’une ouverture pour laisser passer les dragons.
Je dois avouer que je ne crois pas aux dragons, et que je ne suis pas non plus un adepte du feng shui. Mais cette histoire me plaît. La Chine, dans sa course effrénée au modernisme, reste fidèle à certaines de ses traditions, y compris quand il s’agit de construire un immeuble qui met en œuvre les technologies high-tech.



jan 20

La valeur de l’immatériel

Economie Informatique | Mots clés:

Rassurez-vous, je ne me suis pas étranglé, ce matin, en buvant mon café. L’information était tout de même étonnante. Le site de « partage » de vidéos Megaupload venait d’être fermé par l’administration américaine. Déjà, les hérauts de l’Internet libre, les donneurs de leçons aux vieux ringards de l’ancienne économie s’étranglent. Ils ont, grosso modo, deux arguments : la fermeture ne sert à rien, fermez un site, et dix du même type s’ouvriront ; la fermeture est une atteinte à la liberté d’échange.
Ces deux arguments m’horripilent. Il est vrai que la fermeture de Megaupload est inefficace. Je viens de faire l’expérience : tapez « Megauplaod » sur un moteur de recherche, les liens avec ce nom vous redirigent automatiquement vers des sites miroirs, avec un autre nom. Mais l’inefficacité n’est pas argument. Ce serait comme dire qu’il faut autoriser les cambriolages, puisque les statistiques montrent que le taux d’élucidation est faible.
La demande de liberté et de libre accès aux œuvres montre un aveuglement face à l’immatériel. Ceux qui s’offusquent que l’on cherche à les empêcher de télécharger gratuitement n’iraient jamais, dans leur grande majorité, aller voler un CD ou DVD dans un supermarché. Comme si la réalité physique donnait la valeur.
Cela étant dit, la question du modèle économique de l’industrie du cinéma reste posée. C’est une évidence que les studios n’ont pas su anticiper le phénomène du piratage. Trop souvent, une série américaine très récente n’est disponible en version originale sous-titrée que sur les sites de « partage ». Mais cela n’est pas une bonne raison pour défendre ces sites.

En leur temps, les radios françaises dites « périphériques », parce que leurs émetteurs se trouvaient à l’étranger pour tourner le monopole d’État sur la radiodiffusion, avaient construit un modèle économique viable reposant sur la publicité. Si aujourd’hui personne ne trouve de solution pour le numérique, il ne restera plus, à l’extrême, qu’une alternative : la mort de l’industrie cinématographique, faute de financement, ou la prise en charge par l’État. Comme au temps de l’ORTF ou… de Louis XIV, qui rémunérait les artistes.



jan 03

Quelques impressions sur Hong Kong

Economie | Mots clés:

Je rentre d’un séjour privé à Hong Kong, le premier pour moi dans cette partie de l’Asie. Je découvre cette ville dont le statut de SAR (special administrative region) lui confère un parfum particulier que je regarde avec des yeux candides.
Au-delà de l’incroyable densité urbaine, de la foule omniprésente et du bruit, je découvre d’autres sujets d’étonnement. Le très grand nombre de commerces, mais la quasi-absence de magasins généralistes. Les magasins d’électronique grand public sont de taille modeste et les prix des téléviseurs sont supérieurs à ceux pratiqués en France, alors que les tablettes sont, elles, légèrement moins onéreuses, surtout pour l’iPad. Ce dernier ne bénéficie pas, comme en France, d’espace dédié et se trouve toujours face à Samsung, Sony et Archos n’étant pas systématiquement présents. Et à observer les passagers du métro, les smartphones sous Android m’ont semblé les plus nombreux.
Hong Kong est une ville propre, plus que Paris. Et l’infâme couloir que je prends chaque jour pour passer sous les voies de train à Saint-Denis y serait inconcevable. Il faut dire que les amendes sont dissuasives. Gare à celui qui jetterait quelque chose, ne serait-ce qu’un mégot de cigarette !
Plus surprenant, la circulation automobile est fluide. La recette donnerait de l’urticaire à tous ceux qui trouvent qu’à Paris la part faite aux autobus et aux vélos est trop belle : pour utiliser une automobile personnelle à Hong Kong, il faut payer une taxe très importante. Entre les très nombreux autobus et taxis, on ne croise donc que des voitures de luxe, de préférence de sport.
Enfin, j’ai pu constater la présence de produits de sociétés françaises, au-delà du secteur du luxe et d’Archos, déjà cité. La supérette où je faisais mes courses proposait du beurre et du camembert Président ou du cidre Val de Rance (produit par la coopérative « Les celliers associés », une PME dinannaise de 60 personnes). Et dans l’un des centres commerciaux du centre, on pouvait trouver une boutique Eden Park (56 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2010). L’Occitane, très largement présente aujourd’hui  (sa première boutique asiatique a ouvert à Hong Kong dès 1995) fait des émules. Certaines PME n’attendent pas de se transformer en ETI pour grandir à l’export…



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le « Fabriqué en France » ne doit pas être une incantation

Economie Electronique Informatique | Mots clés:

La campagne présidentielle est bien lancéeet a trouvé un thème plutôt nouveau : le « Fabriqué en France », pour ne pas utiliser le terme franglais consacré. Ce n’est pas le lieu ici d’analyser qui a eu le premier l’idée, qui a su la médiatiser ou qui a tenté de tirer la couverture à soi, à coup d’aile d’avion de la République. Les quatre candidats actuellement en tête dans les sondages se sont approprié le slogan, en l’aménageant chacun selon sa couleur politique. Mais tous tirent, globalement, dans le même sens.

Mais le « Fabriqué en France » ne se décrète pas. Un chef d’entreprise n’est pas un homme politique. Son objectif est bien d’abord de fabriquer le meilleur produit au meilleur prix. Le choix de la France peut intervenir comme un plus, rarement comme un élément essentiel.

Le débat aura, je l’espère, un effet positif, en suscitant une véritable analyse des coûts. À chaque fois que j’ai l’occasion de parler à des chefs d’entreprise de l’électronique, je leur pose cette question du coût de la fabrication en France. La plupart font à peu près la même réponse. Oui, le coût de la main-d’œuvre est supérieur en France à celle de la plupart des autres pays. Non, le produit final n’est pas réellement plus cher, si l’on veut bien faire l’effort de prendre en compte les coûts cachés, que bien des théoriciens, aveuglés par leurs opinions en matière économiques, oublient, de bonne foi ou pas.

Dans l’industrie des semi-conducteurs, si STMicroelectronics conserve une partie de ses usines en France et en Italie, si Soitec reste fidèle à son site de Grenoble, ce n’est pas par patriotisme, mais bien pour des raisons bien réfléchies. Entre autres, parce qu’il est indispensable de conserveur la fabrication à côté de la R&D, pour la qualité de la main-d’œuvre et son coût très relatif dans le coût total de fabrication.

Bien sûr, les représentants des syndicats professionnels n’omettent jamais de demander une baisse des charges du travail. Pourtant, les patrons des PME de l’électronique ne m’ont jamais cité spontanément ce handicap. Depuis des années, les principales préoccupations des sous-traitants de l’électronique, ce sont les problèmes de pénurie récurrente de composants et la difficulté de trouver des employés qualifiés. Ces sous-traitants investissent dans l’outil de production, pour toujours gagner en qualité et en productivité, là où les usines chinoises se contentent de miser sur une main-d’œuvre très peu coûteuse travaillant sur des chaînes traditionnelles. J’ai déjà eu l’occasion de parler dans mes billets ou dans des articles d’usinenouvelle.com de l’allemand Wortmann, de l’américain Seagate ayant fait le choix de conserver un outil de production en Europe.

La proximité des équipes de développement du donneur d’ordre avec le sous-traitant fait gagner du temps dans la mise au point des produits. Ensuite, les éventuels problèmes de qualité sont détectés très rapidement et beaucoup plus facilement que si l’usine se trouve au bout du monde. Et, une fois la production lancée, quelle flexibilité proposent les usines chinoises ? Comment quantifier ces gains de temps ? A combien revient un taux de retour de 10 % voire de 20 % sur des séries, en coût de remplacement des appareils à l’utilisateur mais aussi en perte d’image, préjudiciable pour l’avenir ? Je n’ai pas la réponse, mais je ne suis pas sûr que ces coûts soient correctement évalués. Nos candidats en campagne pourraient-ils titiller économistes et chefs d’entreprises sur ce thème ?



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Euratechnologies, creuset des entreprises des TIC

Economie Informatique | Mots clés:

Je reviens d’un voyage d’étude à Lille et Bruxelles avec l’IE Club, lieu de rencontre des PME innovantes avec les autres grands acteurs de l’écosystème de l’innovation. C’est l’occasion de mieux connaître l’industrie high-tech de la région Nord-Pas-de-Calais et le centre bruxellois de Microsoft, sur lequel je reviendrais dans un autre billet.

Euratechnologies sera notre première étape. Ce parc d’activité et de pépinière d’entreprises des technologies de l’information et de la communication est ouvert depuis 2009. Il s’est installé dans le bâtiment d’une ancienne usine textile lilloise, l’une des sept plus importantes filatures françaises. La rénovation est magnifique, les bureaux s’intègrent dans le bâtiment traditionnel de briques, désormais rehaussé de verre. Je connaissais les technopoles de Grenoble, de Sophia Antipolis et de Rennes Atalante. Lille Métropole a elle aussi voulu pousser les entreprises des secteurs technologiques, pour créer des emplois là où les industries traditionnelles du Nord n’avaient laissé que des friches.

La volonté politique est prédominante. La communauté urbaine et la région sont les gros contributeurs des subventions. La rénovation du bâtiment aura coûté 36 millions d’euros, investissement que les collectivités locales espèrent rentabiliser après quatorze ans, par le biais des loyers. Au moment où Éric Besson, le ministère délégué chargé de l’Industrie, de l’Énergie et de l’Économie numérique lance le plan « France numérique 2020 », Euratechnologies joue la carte du développement et de l’emploi dans l’industrie de l’immatériel avec pragmatisme. Le but est de fournir un terreau favorable à la création et au développement d’entreprises.

« Il s’agit de mettre les entreprises dans les meilleures conditions possibles, explique Jérôme Fauquembergue, le responsable développement d’Euratechnologies, et de travailler sur la construction de chaînes de métiers. À la différence de technopoles qui s’étendent sur de grandes surfaces, nous avons voulu rassembler les entreprises sur un même lieu ». L’accès aux ressources partagées est facilité (salles de réunion, informatique, de téléprésence, cantine…), mais ce sont surtout les échanges humains qui sont privilégiés. À l’heure de l’internet et des réseaux sociaux, les entreprises du secteur de TIC elles-mêmes ont tout intérêt à miser sur les bons vieux échanges en tête à tête. Un club de football a même été créé, avec l’organisation d’un tournoi trimestriel. De manière plus formelle, l’équipe d’Euratechnologies organise toutes les deux semaines une réunion avec les entreprises, pour que ceux qui ont réussi puissent faire partager leur expérience, mais aussi pour tirer des enseignements des échecs. « Nous n’hésitons pas à appuyer là où çà fait mal, reconnaît Jérôme Fauquembergue. L’échec n’est pas grave. Ce qui est important, c’est d’analyser pourquoi et où on s’est trompé ».

Les grandes entreprises comme Microsoft, Cap Gemini et bientôt Tata côtoient des jeunes pousses et des créateurs hébergés gracieusement dans les espaces réservés à l’incubation. Ces derniers ont à leur disposition un meuble conçu par Euratechnologies, une sorte de très grand cartable qui s’ouvre et contient l’essentiel, à l’exception de l’ordinateur : téléphone, connexion à Internet, étagères (photo). Le soir, le tout se referme à clef. La sélection des incubés est volontairement rapide. Une première présentation du projet devant le responsable de l’incubateur, un second passage, pour ceux qui sont présélectionnés, devant un comité. « Il est important d’apporter une réponse rapide. Nous prenons bien sûr quelques risques que nous assumons », explique Samuel Tapin, responsable émergence. Environ un quart des postulants sont retenus, avec un taux de création d’environ deux tiers.

Prochaine étape, la transformation en janvier 2012 de l’association Euratechnologies en société anonyme. La nouvelle entité pourra réaliser plus facilement des opérations commerciales, avec comme objectif la baisse des subventions.



nov 28

Syntec numérique défend les réductions d’impôts

Economie Informatique Services | Mots clés:

L’amendement remettant en cause l’avantage fiscal accordé aux utilisateurs des prestations d’assistance informatique à domicile provoque l’ire de Syntec numérique. Les responsables de la chambre professionnelle des sociétés de conseil et de services informatiques et des éditeurs de logiciels ne se contentent pas d’un coup de gueule corporatiste. Ils apportent des arguments qui méritent réflexion.

Selon eux, le dispositif, mis en place en 2005, a permis de créer plus de 10 000 emplois stables dans le secteur des services numériques à la personne. L’adoption de l’amendement ferait économiser 200 millions d’euros à l’État. Combien coûterait la disparition d’une partie des emplois concernés, puisque les entreprises de services à la personnes paient de la TVA, des charges et des impôts ? Pour Syntec numérique, le solde serait fortement négatif. Un solde probablement impossible à chiffrer avec exactitude, mais l’argument n’est pas dénué de bon sens. On pourra juste remarquer qu’une réduction du plafond de l’aide serait à la fois une mesure de justice – pour profiter à plein des déductions, il faut tout de même payer 12 000 euros d’impôts pour un célibataire et 15 000 euros pour un couple ! – et éviteraient les abus.

La lutte contre la fracture numérique est l’autre argument. C’est vrai que le numérique reste le parent pauvre du discours politique. Guy Mamou-Mani, le président de Syntec numérique, a encore du mal à faire passer ce qui est pourtant une évidence : sociétés de services comme éditeurs constituent bien l’industrie de l’immatériel et sont indispensables au développement de l’ensemble des industries. Et les services numériques à la personne, c’est l’une des briques pour favoriser l’utilisation des nouvelles technologies par tous.

Comme pour me faire mentir, Éric Besson, ministre chargé de l’Industrie, de l’Énergie et de l’Économie numérique, réunissait ce lundi 28 novembre le « Comité stratégique de la filière numérique » qui rassemble opérateurs, équipementiers de réseaux, industriels de l’électronique, éditeurs de logiciels et fournisseurs de services informatiques. Et mercredi 30, il présentera le plan « France numérique 2020 ». Souhaitons qu’une fois de plus on ne restreigne pas le développement du numérique aux seules infrastructures (indispensables, certes, mais non suffisantes : une autoroute n’a d’intérêt que si des voitures roulent dessus…). D’autre part, j’ai toujours un réflexe de scepticisme pour les grands projets à dix ans. D’abord, pour le monde du numérique, une décennie, c’est comme un siècle. Ensuite, parce que se donner un bel et ambitieux projet à dix ans, cela peut être un prétexte pour ne pas trop se dépêcher. Souhaitons que je me trompe !



nov 25

L’industrie française a-t-elle encore un avenir ?

Economie | Mots clés:

« Messieurs les banquiers, redonnez-nous nos ingénieurs ». C’est ainsi que Didier Lamouche (photo), directeur général de STMicroelectronics a conclu la conférence organisée par le Wine & Business Club et sa société sur le thème « L’industrie en Europe a-t-elle encore un avenir ? ». Une table ronde en guise de mise en bouche avant de passer à des dégustations plus terre à terre, avec des interventions – un peu – plus libres que dans des cadres plus officiels et cadrés. Pour rendre à César…, Didier Lamouche reprenait l’expression de Pierre Gattaz, président de la Fieec et P.-D.G. de Radiall.

Auparavant, le DG de STM avait établi sa liste pour réussir la recette qui permettra à l’industrie française et européenne de (re)partir d’un bon pied.

-         Dépasser les frontières.

-         Investir agressivement dans l’innovation, c’est-à-dire plus de 10 % du chiffre d’affaires.

-         Conserver un modèle de production intégrée, avec la R&D, la fabrication mais aussi la partie commerciale sur un même lieu.

-         Délocaliser à bon escient, « car la délocalisation dans les zones à bas coût ne tue pas les emplois en France, car elle permet d’assurer des marges qui serviront à investir chez nous ».

-         Bénéficier d’un « environnement favorable ».

 

Le dernier point, en particulier, ne surprend pas. Je veux bien que l’on me présente un chef d’entreprise qui trouve que les charges ne sont pas trop importantes et les contraintes administratives finalement légères. Pourtant, Guy Maugis, président de Bosch France et président de la chambre de commerce franco-allemande, a su prendre un exemple concret. « Les Allemands qui veulent s’installer en France sont toujours très étonnés de voir la longueur des fiches de paie françaises. Chez eux, elles ne comptent que quatre lignes ». Mais il a aussi rappelé que « chez les Allemands, la recherche de la qualité était obsessionnelle » et qu’ils avaient « une grosse volonté d’aller à l’international, même pour les petites PME ».

Quand Pierre Gattaz regrettait que, trop souvent, les créateurs d’entreprises français, en cas de réussite, vendissent après quelques années leur société pour empocher le gain. Les charges, les tracas administratifs, voir l’ISF (!) suggérés comme étant la cause de ces ventes ont peut-être bon dos.

Alain Schmitt,  de la DGCIS au ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, pointait lui des raisons aux difficultés de l’industrie française : insuffisance des investissements en R&D, insuffisance de la coopération entre les secteurs public et privé, réticence au changement. Didier Lamouche ajoutant un euro beaucoup trop fort, bien plus fort que lors de sa création : « Il suffit de comparer les prix du McDonald’s à Paris et à New York pour s’en convaincre ».

Il y a un certain consensus sur le constat. Reste à trouver les éléments déclencheurs. Pour apporter ma contribution et rebondir sur la conclusion de la conférence, j’oserais suggérer que pour convaincre nos ingénieurs de quitter leur banque de Londres, mais aussi de Hong Kong ou de Singapour, encore faudra-t-il leur proposer un salaire au moins équivalent pour les attirer dans une petite ville de province…