Le PC : finalement une parenthèse ? :

Le PC : finalement une parenthèse ?

Le 13/02/2012 | Economie

En 1982, le magazine Time avait fait sensation en choisissant comme personne de l’année une machine, l’ordinateur personnel (PC Personal Computer). Cette récompense consacrait aussi le succès d’une firme Apple et son innovant Apple 2 lancé en 1977 et vendu à deux millions d’exemplaires. Avec la riposte d’IBM et son PC en 1981, qui devient le standard produit adopté par de nombreux constructeurs, l’ordinateur devient un objet grand public et diffuse massivement dans les années 1980-90 au sein des entreprises et des ménages. L’arrivée d’internet n’a pas changé radicalement les choses et au tournant des années 2000, la domination du PC semblait une donnée incontestable du paysage économique et technologique, accompagnant celle de ses deux entreprises clés, Microsoft (système d’exploitation) et Intel (microprocesseur). On s’inquiétait alors de ce qu’allait devenir la télévision, la téléphonie ou la poste… autant d’activités ou de produits menacés par ce couteau-suisse de l’information si efficace !

Pourtant, exactement trente ans après la consécration de Time et dix ans après la bulle numérique de 2000, c’est une histoire très différente qui se déroule sous nos yeux. L’espoir a changé de camp et on se pose désormais des questions sur l’avenir… du PC ! En 2011 selon les données du cabinet iSuppli, les ventes mondiales de puces destinées aux terminaux mobiles ont atteint 58,6 milliards $, dépassant nettement celles destinées à leur débouché historique, les ordinateurs (53,7 milliards $). Cela avait déjà été temporairement le cas en 2009, mais cette fois ci le différentiel de croissance entre les deux marchés (+14,5% dans le mobile et +4% pour les ordinateurs) signe une rupture et une divergence appelée à se creuser. Ces dynamiques relatives des applications des processeurs se retrouvent dans les volumes finaux d’équipements écoulés : 350 millions de PC en 2011 (Gartner) mais 490 millions de smartphones (IDC), 70 millions de tablettes et 250 millions téléviseurs (DisplaySearch). Les évolutions sont comparables en France : 11,4 millions de smartphones, 8,7 millions de téléviseurs, 1,5 millions de tablettes et 6,5 millions de PC vendus l’an passé (GfK).

Ce qui s’est passé est finalement assez simple. Le PC offrait de façon inédite et exclusive une puissance de calcul et un terminal individuel, extrêmement pratiques pour écrire (word), calculer (excel), communiquer (mail), gérer son agenda, chercher des informations (web), visualiser des contenus (jeux, photos), stocker les fichiers (disque dur). Cependant, l’objet restait encombrant, peu esthétique, surtout valorisé car fonctionnel. Rares sont ceux qui lui ont offert la place centrale des foyers des ménages, occupée depuis des décennies par la télévision. Cette dernière ayant innové et retrouvé un second souffle avec l’écran plat, puis la connectivité et enfin d’intenses efforts de design et d’ergonomie, elle a réussi à conserver cette place royale et demeure le moyen privilégié pour visualiser avec qualité les images. En parallèle, la téléphonie mobile devenant smart a progressivement capturé plus ou moins totalement les fonctions d’agenda, de mail, de recherche web, de visualisation (jeux, vidéos…), en offrant une individualisation de l’équipement avec laquelle l’ordinateur devenu portable, puis mini (netbooks) n’a pu rivaliser. Enfin, plus récemment, l’essor du cloud permet de dissocier les fonctions de stockage et de traitement d’informations de la machine locale. Résultat, le PC, couteau suisse permettant de tout faire, a été progressivement dépouillé de ses différentes fonctions par des équipements distincts spécialisés (écran plat + box, smartphone, applications et serveurs cloud).

Que retenir de cette histoire (bien sûr loin d’être terminée) ? La leçon principale me semble être que la véritable (et durable) innovation est d’abord celle des usages et des utilités offertes, avant le produit qui les porte (temporairement). La leçon est aussi valable pour l’entreprise caméléon (Apple), qui réussit à sourire aujourd’hui comme elle souriait en 1982, grâce au renouvellement continu et radical de la nature de ses produits porteurs d’innovations (ordinateur, iPod, iPhone, iPad).

Gilles Le Blanc

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