Innovation, environnement et territoire : le prix Chrisalide :

Innovation, environnement et territoire : le prix Chrisalide

Le 31/03/2012 | Economie | Mots clés:

Après une période d’intense actualité et d’espoirs parfois excessifs (création de centaines de milliers d’emplois), la thématique environnementale affronte aujourd’hui une phase de doute. En témoignent son faible poids dans la campagne présidentielle ainsi que la déception à l’annonce des faibles chiffres d’emplois effectivement créés ces deux dernières années dans le domaine. Si son importance reste largement admise, à la fois comme contrainte de long terme et comme potentiel d’activités économiques futures, on peine à identifier clairement les contours possibles de ces activités et présenter de « belles histoires ». Pourtant si on quitte l’échelle nationale ou européenne, on trouvera dans les territoires une multitude d’initiatives et de projets qui autorisent une lecture plus optimiste et confiante.

Le concours Crisalide éco-activités, lancé en 2008 par Créativ et soutenu par une trentaine de partenaires (entreprises et collectivités locales) en fournit un bel exemple. Il s’adresse aux PME de Bretagne, Pays de la Loire ou Cotentin, du secteur industriel ou des services aux entreprises, offrant une « éco-solution » innovante pour le territoire. L’intérêt de ce concours est qu’il ne se limite pas à l’originalité de l’innovation proposée mais examine aussi ses conditions de viabilité, de développement et d’impact économique dans l’entreprise qui la porte.

Les différents prix (« création et jeune entreprise » et « écotechnologies », plus trois mentions spéciales « innovation sociale », « mobilité décarbonée » et « développement international ») de la 4ème édition du concours ont été remis mardi dernier à Rennes. Membre du jury cette année, j’ai eu l’occasion d’étudier en détail les différentes candidatures présentées. Les lauréats choisis illustrent à mon sens la variété et les nombreuses pistes d’exploration offertes par l’éco-innovation. En voici trois exemples.

Galet vert (lauréat de la création d’entreprise) est le produit de la diversification d’une entreprise spécialisée dans la production de plants maraichers pour professionnels. Associée au néerlandais Visser (équipements pour l’horticulture), la nouvelle entreprise a développé et breveté un système de caissettes pré-végétalisées destinées à la réalisation de toitures végétales. Le recours à des caissettes permet de fixer facilement le toit même en pente sur des rails, d’intégrer l’arrosage et d’industrialiser la production. L’innovation tient ici à la fois à la solution proposée et au marché final visé. Le toit végétalisé offre en effet une bonne isolation thermique, une qualité visuelle et permet de limiter le rejet de eaux d’orage. Encore de petite taille ce marché est cependant en pleine expansion (1, 2 million de m2 en 2010, vingt fois plus qu’en 2002) et prometteur (1/6ème des constructions neuves en Allemagne ont des toitures végétalisées).

Cabreta, qui a reçu la mention spéciale mobilité décarbonée, est un carrossier spécialisé dans la fabrication de bennes pour véhicules utilitaires. Face à la crise de 2009 et la forte chute des commandes associée, l’entreprise a réagi par une innovation produit en recourant à un acier THLE qui offre une résistance accrue, donc autorise des épaisseurs de tôles réduites et un poids plus faible de la nouvelle benne pour une capacité de chargement accrue. La réduction de la consommation de carburant et l’augmentation de la charge utile améliorent donc l’efficacité de l’utilisation du véhicule. Le point remarquable de cette innovation est qu’elle a permis à l’entreprise de rebondir après une période difficile avec un produit plus efficace, source de gains environnementaux, et valorisé avec succès puisqu’elle réussit à le commercialiser à un prix plus élevé.

Enfin, les Paniers de la mer sont un bel exemple d’initiative sociale à dimension environnementale. Il s’agit d’une démarche associative, lancée dans plusieurs ports il y a une dizaine d’années, visant à valoriser les rebuts de la pêche (les poissons dits de retrait définitif retirés du marché car n’atteignant pas le prix minimum de la criée et détruits ou transformés en farines pour l’alimentation animale ou matière première de cosmétiques). La fédération des associations locales emploie aujourd’hui plus de 120 personnes. Cette initiative est remarquable car elle contribue à la fois à trois objectif : l’emploi (schéma classique d’insertion de main d’œuvre locale en risque d’exclusion du marché du travail), la formation professionnelle (au métier de mareyeur qui manque aujourd’hui de personnel qualifié), et la diversification de l’alimentation (des bénéficiaires de l’aide alimentaire, puisque le poisson transformé est donné aux banques alimentaires) tout en luttant contre le gaspillage des produits de la pêche.

mar 30

La bataille de l’éclairage (II)

Economie | Mots clés:

Après une petite éclipse, conséquence d’une intense activité à l’occasion de la semaine nationale de l’industrie, retour sur les ampoules et les rapides bouleversements intervenus ces dernières années dans ce secteur. Au delà de son intérêt propre, ce cas nous semble particulièrement intéressant car il offre une expérience concrète les enjeux et conditions de la transition environnementale. Celle-ci soulève en effet de façon générale trois questions critiques : i) comment valoriser de façon économique les innovations « vertes » pour les rendre acceptables et largement adoptées par tous ?, ii) quelles technologies choisir et soutenir ?, iii) qui doivent être les acteurs moteurs du processus (les entreprises en place, les nouveaux entrants, le régulateur) ?

Le choix de privilégier l’éclairage pour mettre en œuvre une démarche d’efficacité énergétique se justifie facilement par les gains immédiatement accessibles. La technologie dominante de l’ampoule à incandescence est en effet très inefficace. Seulement 10% de la puissance électrique utilisée produit du rayonnement lumineux utile pour nos yeux, le reste étant dissipé en chaleur et émissions infra-rouges. Leur rendement est donc faible (14 à 25 lumens par watt consommé) et de plus leur durée de vie moyenne est de seulement 1000 heures (ce qui équivaut à un an pour 4 heures de fonctionnement par jour). Pour les ménages, dont l’éclairage représente de 10 à 15% de la facture d’électricité, une meilleure efficacité se traduit par un gain économique significatif. Il en est bien sûr de même pour l’éclairage public. Le gain environnemental collectif visé par l’introduction de nouvelles ampoules est ainsi une forte réduction de la consommation d’énergie (électrique). Comme on le verra juste après, plusieurs technologies peuvent proposer une véritable rupture en termes d’efficacité dans l’éclairage, ce qui n’est pas encore ou toujours le cas pour les autres fonctions consommatrices d’énergie du foyer (chauffage, cuisson, eau chaude). Il est donc logique de porter en premier l’effort dans ce domaine, même si le bilan environnemental restera forcément modeste (par rapport au chauffage par exemple), à la fois car les solutions alternatives sont déjà disponibles, mais aussi dans une démarche de pédagogie par l’exemple de l’efficacité énergétique.

Se pose alors la question des substituts possibles à encourager et diffuser. L’éclairage présente sur ce point une caractéristique d’une importance majeure, commune à la plupart des questions environnementales : la variété des technologies possibles. Trois solutions de nature différente rivalisent en effet pour remplacer l’ampoule à incandescence dans l’éclairage privé et public : l’ampoule fluo-compacte, l’halogène et le LED. Le point clé est qu’il s’agit de technologies complètement distinctes, recourant à des principes physiques différents. Dans le premier cas, c’est la décharge électrique dans un mélange composé de vapeur de mercure et d’un gaz noble qui produit un rayonnement ultra-violet, absorbé ensuite par une poudre fluorescente recouvrant la paroi interne de l’ampoule, et restitué à l’extérieur sous forme de lumière visible. L’halogène reprend pour sa part le principe du filament à incandescence, mais en remplaçant le vide de l’ampoule traditionnel par un mélange de gaz noble et d’un gaz halogéné. La dégradation habituelle du filament est alors enrayée car les atomes de tungstène évaporés se mélangent au gaz d’halogène, ce qui leur évite de se condenser sur la paroi de l’ampoule. Lorsque ces composés rentrent en contact du filament chaud, ils se dissocient, ce qui régénère celui-ci par dépôt de tungstène. Ce procédé chimique allonge la durée de vie, autorise des formats plus compacts et permet une température de filament plus élevé, tous ces facteurs améliorant l’efficacité énergétique. Enfin, le LED est issu du monde de l’électronique. L’électricité est transformée en lumière dans un cristal solide composé de matériaux semi-conducteurs. Le rendement est très élevé car l’éclairage ne résulte pas d’un échauffement de matière mais des propriétés de structure du matériau (un semi conducteur présente des bande d’énergie incomplète dites de conduction et des bandes saturées appelées bandes de valence, le passage d’un électron de l’une à l’autre provoque l’émission de photons). Dans un tel environnement technologique, l’effort de R&D entrepris sur une solution particulière n’a aucune utilité pour les autres, puisqu’elles sont indépendantes. Des entreprises variées, issues de secteurs différents, peuvent alors entrer sur le marché, selon les priorités, compétences et moyens de chacune. Tant qu’aucune technologie ne s’impose de façon incontestable, il est important pour l’action publique de favoriser la diversité des solutions explorées et des innovations proposées.

Ce qui nous amène à la troisième dimension critique de l’innovation environnementale. Dans de nombreux cas, il s’agit en effet de remplacer des biens ou services déjà existants par des offres présentant un gain environnemental. Faut-il alors s’appuyer sur les firmes en place sur le marché, favoriser des start ups radicalement innovante, ou piloter le processus par la réglementation ? L’Union européenne a choisi la troisième voie en imposant un calendrier d’interdiction des ampoules à incandescence. Cette solution présente l’avantage de la rapidité et de la simplicité. Elle n’est néanmoins pas neutre en termes de concurrence et d’orientation technologique. On a vu dans le précédent post que le marché des ampoules est un oligopole, concentré autour de quelques grands acteurs. Une transition rapide revient en pratique à confier à ces firmes le rythme et l’orientation technologique des solutions alternatives. Fort logiquement, ceux-ci ont d’abord privilégié la technologie fluo-compacte qui était disponible à échelle industrielle (mais pose des problèmes environnementaux en raison du mercure présent dans les ampoules) puis ont mis l’accent sur les éco-halogènes. Ils ont réussi avec succès à limiter les menaces d’entrée d’acteurs nouveaux en étant présent sur les trois trajectoires technologiques possibles (mais avec forcément des moyens réduits donc une innovation moins rapide). Tout cela limite bien entendu l’entrée réussie sur le marché de start ups très innovantes, qui pourraient proposer des solutions spécialisées plus radicales. Cela est particulièrement vrai dans le domaine du LED, par nature le plus éloigné des acteurs traditionnels de l’éclairage à incandescence.

Soucieuse de ces résultats, consciente des enjeux à terme du LED, et observant les dynamiques d’innovation très rapides portées par de nouveaux acteurs aujourd’hui aux Etats-Unis et en Asie, la Commission a lancé une vaste consultation pour imaginer les moyens d’éviter que l’Europe soit décrochée définitivement dans ce domaine. L’enjeu dépasse les seules considérations économiques du marché en question. Comme rappelé au début, la politique menée au niveau européen dans l’éclairage se voulait pédagogique par sa méthode et son volontarisme, et précurseur d’initiatives comparables pour améliorer l’efficacité énergétique. Un échec ou demi-succès aurait alors des conséquences dépassant largement le seul cas des ampoules. Or le maintien renforcé de l’oligopole initial n’est pas sans lien avec les prix élevés pratiqués des ampoules « vertes », cinq à quinze fois supérieurs aux ampoules traditionnelles. Le consommateur qui paye aujourd’hui ces produits doit en réalité accepter un pari sur les économies d’énergie annoncées, la durée de vie, leur qualité de fonctionnement. Autant de choses qu’il ne découvrira qu’avec l’expérience et il est décisif de ne pas trahir cette confiance initiale, car ce serait alors l’acceptabilité générale des innovations vertes du futur qui serait gravement menacée !



mar 13

La bataille de l’éclairage (I)

Economie | Mots clés:

La lumière est au cœur de nos sociétés et de nos modes de vie (fiat lux…). En dépit de ses excès, on peut même dire, que l’éclairage artificiel symbolise le mode de vie moderne, en donnant à l’homme la liberté d’échapper aux contraintes naturelles de la durée (variable) du jour pour organiser son temps à sa guise. C’aussi une production, un marché, des technologies, des innovations. Les enjeux économiques associés ne sont pas négligeables. On estime qu’un ménage français possède 22 ampoules et en achète 3 par an. En ajoutant les clients professionnels (bureaux, lieux publics…), cela représente 126 millions d’ampoules pour une valeur de 400 millions €. On a repris ici l’usage courant qui confond sus le terme ampoule l’enveloppe en verre et la lampe électrique. En Europe, huit entreprises (reproupées au sein de la Europan Lamp Companies Federation) détiennent selon leurs propres chiffres 90% du marché évalué à plus de 5 milliards €. Il s’agit de grands conglomérats industriels diversifiés (le néerlandais Philipps, l’américain General Electric et le japonais Toshiba) et des spécialistes de l’électricité (les allemands Osram et Narva et l’américain Sylvania racheté en 2007 par le groupe indien d’électricité Havells).

Pour qui s’intéresse aux dynamiques de marché et d’innovation, le cas des ampoules est particulièrement instructif. En effet, pendant une longue période, il n’y a pas eu de grands changements. Cela s’explique par la domination écrasante d’une seule trajectoire technologique : l’ampoule à incandescence. Son principe repose sur l’effet Joule, la conversion d’électricité en chaleur dans un filament résistant, qui porté à incandescence émet de la lumière. Celui qui l’a rendu célèbre en améliorant un précédé existant et en rendant possible son industrialisation est Thomas Edison. Après avoir testé des centaines de matériaux possibles comme filament, il réussit le 23 septembre 1879 à faire fonctionner plus de 40h une ampoule sous vide avec un filament en fibre de fil à coudre de coton carbonisée. Des améliorations seront introduites en recourant à un filament de carbone, puis en tungstène (plus résistant à la chaleur et aux chocs, permettant de les utiliser sur des automobiles) mais le schéma reste le même et s’impose depuis le début du XXème siècle. Edison, après avoir en 1880 breveté son schéma d’ampoule et créé ce qui deviendra General Electric (16ème entreprise mondiale en CA), fixera d’ailleurs en 1909 les nomenclatures d’ampoules. Par exemple, l’ampoule E27 (à grande vis la plus courante jusqu’à ces dernières années) combine le E d’Edison et 27 (diamètre en mm du culot à vis). Un siècle est une durée de vie exceptionnelle et rarissime pour un norme produit (l’autre exemple auquel on peut penser est la pellicule argentique cinéma de 35mm définie dans les années 1880, toujours avec le même Edison !).

Certes des nouveautés sont apparues comme la lampe néon dans les années 1920 (lampe à décharge utilisant pour gaz du néon et produisant une couleur rouge, qui limite leur utilisation aux enseignes lumineuses), les ampoules halogènes (1959), la première diode électroluminescente (1962), la lampe fluorescente à économie d’énergie (1974). Mais leur diffusion est restée limitée, sauf pour quelques usages spécialisés. Dans un tel contexte d’une technologie dominante (ampoule à incandescence) et relativement simple, un équilibre s’établit vite avec une structure d’oligopole exploitant les économies d’échelle liées au volume du marché pour proposer des produits à des prix bas (1€), en délocalisant d’ailleurs dans les années 1990 l’essentiel de la production en Asie.

Et puis brutalement, en l’espace de quelques années, l’éclairage va connaître une véritable révolution. L’Union européenne va mener tambour battant un processus d’interdiction à la vente de toutes les ampoules à incandescence. Des discussions ouvertes en 2007 aboutissent deux ans plus tard à une directive et un calendrier de retrait selon la puissance des ampoules étalé sur quatre ans. L’opération sera conclue à la fin de cette année, puisqu’au 31 décembre les moins puissantes (en dessous de 50W) seront exclues du marché. On critique suffisamment la lenteur et l’enlisement des décisions européennes pour ne pas souligner dans ce cas précis le volontarisme et la rapidité de la Commission. Quelle logique sous tendait cette politique et surtout quels en sont les effets économiques, industriels et environnementaux prévisibles ? Nous discuterons ces questions dans le post suivant.



mar 09

Les brevets ne font pas tout mais sans brevets c’est plus dur !!!

Economie | Mots clés:

On l’entend répéter partout et par tous : pour se redresser et retrouver sa compétitivité, notre économie doit innover, « monter en gamme », investir davantage en R&D (recherche et développement), retrouver une longueur d’avance technologique. On sait aussi que l’innovation va bien au delà du seul facteur technologique et que les brevets ne décrivent que très partiellement cette dimension (les entreprises peuvent choisir de ne pas breveter et se protéger par le secret pour ne pas divulguer d’informations critiques aux concurrents). Néanmoins, la lecture des derniers chiffres publiés par l’Office européen des brevets (EPO) donne à réfléchir. En 2011, pas moins de 243 000 demandes ont été enregistrées (dépôts directs plus procédures internationales dite PCT), en hausse de 3% malgré la crise.

Le plus intéressant est la répartition géographique des entreprises déposant ces brevets, qui – on le rappelle – offrent une protection dans les pays européens demandés (jusqu’à 40, incluant des non-membres de l’Union comme la Suisse, la Norvège ou la Turquie). Plus de 60% des demandes proviennent en effet de pays hors d’Europe. Depuis 2010, quatre des cinq premiers pays en nombre de brevets déposés à l’Office européen des brevets sont… non- européens. Il s’agit des Etats-Unis, du Japon, de la Corée du Sud et de la Chine ! Ces deux derniers pays ont relégué la France à la sixième place et la croissance de leurs dépôts en 2011 (+8% et +27% respectivement) laisse peu de doute sur l’évolution de l’écart avec notre pays (+1,5% de demandes de brevets en 2011).

Le graphique ci-dessous retrace le nombre de brevets déposés au cours de la dernière décennie. Il met en évidence la position très dominante des Etats-Unis et du Japon (qui a même tendance à s’accroître), la résistance de l’Allemagne, et la progression très rapide des deux champions asiatiques. A méditer la prochaine fois qu’on entendra ces clichés habituels sur « la Chine usine et atelier du monde », « l’Allemagne qui n’est pas assez high tech » ou « l’incontestable supériorité des technologies françaises » !!!



fé 21

Complément : la parenthèse du PC

Economie | Mots clés:

Prolongeant mon précédent post sur (l’éventuelle) parenthèse qu’aura été l’ordinateur individuel traditionnel, voici un très intéressant graphique des ventes annuelles par grand type de produit présenté par Horace Dediu sur le site Asymco dans un article que je ne connaissais pas et qui m’a été conseillé, intitulé « The rise and fall of personnel computing« .

On y voit très clairement ce flux et reflux de la marée bleue, le point finalement singulier des années 2000 et le passage aujourd’hui du PC traditionnel sous la barre des 50%.



fé 13

Le PC : finalement une parenthèse ?

Economie | Mots clés:

En 1982, le magazine Time avait fait sensation en choisissant comme personne de l’année une machine, l’ordinateur personnel (PC Personal Computer). Cette récompense consacrait aussi le succès d’une firme Apple et son innovant Apple 2 lancé en 1977 et vendu à deux millions d’exemplaires. Avec la riposte d’IBM et son PC en 1981, qui devient le standard produit adopté par de nombreux constructeurs, l’ordinateur devient un objet grand public et diffuse massivement dans les années 1980-90 au sein des entreprises et des ménages. L’arrivée d’internet n’a pas changé radicalement les choses et au tournant des années 2000, la domination du PC semblait une donnée incontestable du paysage économique et technologique, accompagnant celle de ses deux entreprises clés, Microsoft (système d’exploitation) et Intel (microprocesseur). On s’inquiétait alors de ce qu’allait devenir la télévision, la téléphonie ou la poste… autant d’activités ou de produits menacés par ce couteau-suisse de l’information si efficace !

Pourtant, exactement trente ans après la consécration de Time et dix ans après la bulle numérique de 2000, c’est une histoire très différente qui se déroule sous nos yeux. L’espoir a changé de camp et on se pose désormais des questions sur l’avenir… du PC ! En 2011 selon les données du cabinet iSuppli, les ventes mondiales de puces destinées aux terminaux mobiles ont atteint 58,6 milliards $, dépassant nettement celles destinées à leur débouché historique, les ordinateurs (53,7 milliards $). Cela avait déjà été temporairement le cas en 2009, mais cette fois ci le différentiel de croissance entre les deux marchés (+14,5% dans le mobile et +4% pour les ordinateurs) signe une rupture et une divergence appelée à se creuser. Ces dynamiques relatives des applications des processeurs se retrouvent dans les volumes finaux d’équipements écoulés : 350 millions de PC en 2011 (Gartner) mais 490 millions de smartphones (IDC), 70 millions de tablettes et 250 millions téléviseurs (DisplaySearch). Les évolutions sont comparables en France : 11,4 millions de smartphones, 8,7 millions de téléviseurs, 1,5 millions de tablettes et 6,5 millions de PC vendus l’an passé (GfK).

Ce qui s’est passé est finalement assez simple. Le PC offrait de façon inédite et exclusive une puissance de calcul et un terminal individuel, extrêmement pratiques pour écrire (word), calculer (excel), communiquer (mail), gérer son agenda, chercher des informations (web), visualiser des contenus (jeux, photos), stocker les fichiers (disque dur). Cependant, l’objet restait encombrant, peu esthétique, surtout valorisé car fonctionnel. Rares sont ceux qui lui ont offert la place centrale des foyers des ménages, occupée depuis des décennies par la télévision. Cette dernière ayant innové et retrouvé un second souffle avec l’écran plat, puis la connectivité et enfin d’intenses efforts de design et d’ergonomie, elle a réussi à conserver cette place royale et demeure le moyen privilégié pour visualiser avec qualité les images. En parallèle, la téléphonie mobile devenant smart a progressivement capturé plus ou moins totalement les fonctions d’agenda, de mail, de recherche web, de visualisation (jeux, vidéos…), en offrant une individualisation de l’équipement avec laquelle l’ordinateur devenu portable, puis mini (netbooks) n’a pu rivaliser. Enfin, plus récemment, l’essor du cloud permet de dissocier les fonctions de stockage et de traitement d’informations de la machine locale. Résultat, le PC, couteau suisse permettant de tout faire, a été progressivement dépouillé de ses différentes fonctions par des équipements distincts spécialisés (écran plat + box, smartphone, applications et serveurs cloud).

Que retenir de cette histoire (bien sûr loin d’être terminée) ? La leçon principale me semble être que la véritable (et durable) innovation est d’abord celle des usages et des utilités offertes, avant le produit qui les porte (temporairement). La leçon est aussi valable pour l’entreprise caméléon (Apple), qui réussit à sourire aujourd’hui comme elle souriait en 1982, grâce au renouvellement continu et radical de la nature de ses produits porteurs d’innovations (ordinateur, iPod, iPhone, iPad).



fé 07

70 milliards…et quatre constats

Economie | Mots clés:

69,6 milliards € : voici donc le montant officiel de notre déficit commercial en 2011. A l’image des prix arrondis du marketing de la grande distribution, le seuil symbolique des 70 milliards aura donc été évité in extremis. Certains y voient le motif de se réjouir du résultat, meilleur qu’anticipé il y a six mois. Pourtant l’examen des chiffres n’incite guère à l’optimisme. On peut résumer la situation autour de quatre constats, qui devraient être autant de priorités pour l’action publique.

1. La France n’arrive pas à tirer pleinement profit de la dynamique du commerce international. Après le rebond quasi mécanique de 2010 (+14%), la croissance de nos exportations ralentit nettement à 8,6%, et cela s’observe vis-à-vis de toutes les zones géographiques (Europe, Asie, Afrique, Moyen-Orient). Résultat : le niveau de 2008 vient tout juste d’être retrouvé, soit trois années perdues ! Pourtant, d’autres pays européens, comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Belgique, ont vu leurs exportations rebondir plus tôt et continuer à progresser l’an passé. Comme nos importations ont également vu leur croissance ralentir mais moins fortement que les exportations, notre déficit commercial continue de se creuser. Or en cette période où on parle beaucoup de la dette publique, n’oublions pas que ce déficit traduit pratiquement un endettement à hauteur de 3,5 du PIB de notre économie vis-à-vis du reste du monde.

2. L’énergie pèse très lourd dans notre balance commerciale puisque son déficit atteint 62 milliards. Son augmentation résulte principalement de l’évolution des prix puisque les volumes sont restés stables (notons au passage qu’il ne s’agit pas que d’importations de pétrole brut ou de gaz mais aussi de produits raffinés en raison du poids du diesel dans notre parc automobile). Pourtant on pourrait presque dire que c’est un moindre mal et que cette composante peut encore s’aggraver. En effet pendant le premier semestre de l’année, le cours du baril a fortement progressé mais la parité élevée de l’euro face au dollar a atténué son impact et pendant le second trimestre le prix du pétrole est resté stable voire a un peu diminué. Ce constat du poids économique considérable des importations de produits énergétiques devrait d’ailleurs inciter à la prudence ceux qui vantent fièrement l’indépendance énergétique dont jouirait notre pays…

3. La variable énergétique ne doit pas servir d’alibi, ni masquer l’évolution inquiétante des secteurs manufacturiers. Ceux-ci sont déficitaires depuis 2005, de plus de 20 milliards € depuis 2007 et ce solde négatif s’est creusé au niveau record de presque 30 milliards € l’an passé. Particulièrement symbolique est la bascule du secteur emblématique de notre histoire industrielle qu’est l’automobile devenue structurellement déficitaire : 4,9 milliards en 2009, 3,8 milliards l’année suivante et 5,2 milliards en 2011 (on n’entend plus beaucoup parler aujourd’hui de la fameuse prime à la casse tant vantée !). On se réjouira bien sûr des excédents en hausse dans l’agro-alimentaire (6,8 milliards), en particulier des produits dits du terroir (champagne, liqueurs, vins, fromages) ainsi que du luxe en général. La branche aéronautique et spatiale enregistre certes un solde très positif (17,7 milliards) mais sa baisse par rapport à 2010 souligne la fragilité de ce résultat, qui dépend étroitement de la signature de quelques grands contrats. Plus inquiétant encore est la forte réduction du solde de l’industrie pharmaceutique à moins de 2 milliards €, alors que ce secteur a été longtemps fortement excédentaire et que les dépenses de santé sont amenées à jouer un rôle croissant dans notre économie.

4. L’obsession chinoise doit être replacée dans un cadre plus général. Certes il s’agit de notre premier déficit bilatéral mais les importations chinoises sont encore deux fois inférieures à celles de l’Allemagne (8% du total). Surtout cela ne doit pas faire oublier le déficit persistant avec nos voisins européens (Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas). D’autant qu’en 2011 en termes relatifs, ce sont l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas qui ont, devant la Chine (à égalité pour le troisième), le plus contribué à la progression de nos importations.



fé 04

La compétitivité, c’est (aussi) l’investissement et un bon choix de gamme !

Economie | Mots clés:

La dégradation de la compétitivité française et les bons moyens pour la restaurer sont désormais au cœur des débats de la campagne présidentielle. Deux principaux handicaps sont mis en avant: le coût du travail d’une part, jugé trop élevé en raison du poids croissant des charges sociales, les difficultés de financement (à la fois en capitaux propres et en crédit bancaires) d’autre part, en particulier chez les PME. Si nul ne conteste le rôle de ces deux facteurs, il serait bon de ne pas focaliser les débats sur ces seuls sujets. Les cas récents de Lejaby et Smoby, abondamment discutés dans les médias ces dernières semaines, soulignent l’importance de l’investissement et du positionnement de la gamme offerte. Car il ne suffit pas réduire ses coûts et d’améliorer l’accès au financement et ses conditions. Il faut bien aussi vendre ! Donc se préoccuper des prix auxquels on peut commercialiser les biens et les services sur les marchés concurrentiels. C’est là qu’intervient de façon cruciale la stratégie d’investissement et de choix de gamme.

Lorsque le processus de production exige une série d’opérations manuelles (plusieurs dizaines dans la lingerie) portant la part de la main d’œuvre dans les coûts à plus de 30 voire 50%, il n’est pas possible de servir de façon compétitive la partie basse de la courbe de demande (les consommateurs qui n’achèteront le produit qu’à des prix bas). Ceux qui entraînés par les réseaux de distribution (grandes surfaces) ont choisi cette voie ont dû en effet affronter la concurrence frontale des producteurs chinois, turcs, d’Afrique du Nord, bloqués jusqu’en 2005 par les quotas textiles de l’Union européenne. Sur cette gamme de produits, la variable prix est décisive (conséquence du pouvoir d’achat stagnant) et laisse peu d’espace à une différenciation ou une qualité de l’offre. Si on choisit de continuer à produire sur le territoire, alors il n’y a qu’une solution : viser la haut de la courbe de demande, accéder ainsi à des prix plus élevés permettant de jouer sur la qualité, la marque, se contenter d’une part plus réduite du marché domestique mais chercher des débouchés à l’exportation dans les pays où une demande solvable de haut de gamme existe. On peut donc produire mais ce sera qu’en faible part pour vendre en France. Il y a donc une déconnection à reconnaître et assumer entre produire et acheter.

L’autre point, souligné par le cas Smoby, semble naturel à quiconque connaît les logiques industrielles mais demeure paradoxalement largement absent des discours publics. Il s’agit du rôle crucial de l’investissement. Pour rester présent sur les segments où la compétition prix est intense (comme les jouets), il faut bien sûr innover, jouer de la saisonnalité des ventes pour renouveler l’offre (plus du quart du catalogue tous les ans) et proposer des produits inédits mais cela ne suffit pas. Il s’agit aussi d’être supérieurement efficace, d’accéder à des coûts compétitifs, ce qui passe chez nous par l’automatisation le plus possible des opérations de production, donc des investissements continus en machines et équipements modernes. Comme SEB Calor qui fabrique en France des centrales vapeur, mais dans une usine entièrement automatisée sans présence humaine, les repreneurs de Smoby ont choisi d’investir massivement, ici dans l’étape de plasturgie (les pièces en plastique sont les composants principaux des jouets) : regroupement de trois sites en un seul plus grand, construction d’un nouveau bâtiment (7 millions €) et acquisition de machines neuves (renouvellement du parc de presses à injecter pour 6 millions €). Cet effort d’investissement s’élève à 10% du chiffre d’affaires. Avec ce nouveau matériel et une réorganisation des flux de production, des gains de productivité significatifs sont attendus garantissant la compétitivité de l’offre. Dans ces conditions, il devient possible de fabriquer 70% de sa production sur le territoire et d’en exporter 40% vers l’étranger.

On notera qu’on retrouve les ingrédients souvent cités du « modèle allemand » : positionnement haut de gamme, innovation ET investissement. Et cela n’est pas réservé aux seuls équipements lourds et autres machines-outils mais peut s’appliquer avec succès même dans les biens de consommation. A condition de rompre avec le cercle vicieux destructeur : recherche des prix bas, marges faibles, réduction forcée des coûts en ajustant la main d’œuvre, l’investissement et l’effort de R&D !



jan 22

Petit éclairage sur le « made in France »

Economie |

Développer le « produire en France » et stimuler le « made in France », ces impératifs sont désormais dans tous les programmes, les discours, les médias. Ils s’accompagnent souvent de deux malentendus, qu’il conviendrait de dissiper si on veut vraiment proposer des politiques pertinentes et efficaces. Le premier consiste à raisonner sur les biens finaux (d’équipement ou de consommation), en oubliant la fragmentation croissante des chaînes de valeur et le poids majoritaire des produits intermédiaires dans les échanges mondiaux. Le second circonscrit la production (et l’industrie) aux seuls biens matériels, alors que le mélange des biens et des services est désormais devenu tel que cette ancienne distinction a perdu tout sens.

Un exemple venu d’Amérique illustrera ces points et devrait inciter à une réflexion plus approfondie sur les objectifs, les moyens et les mécanismes en jeu dans le soutien à une production nationale. Quiconque s’intéresse à l’actualité a sûrement entendu le discours consistant à repousser le soutien à l’énergie solaire dans nos pays, au motif que l’ultra-majorité des panneaux étant importée de Chine, cela n’aurait aucun effet positif sur nos économies. Effectivement, l’augmentation très rapide des capacités de production de panneaux en Chine (sans compter les probables subventions publiques) a entraîné une chute des prix sans précédent (de 25-30% l’an passé), provoquant de graves difficultés financières chez les fabricants américains, allemands et français, et poussant une série d’entre eux à la faillite (Solyndra, Solar Millenium et Photowatt par exemple dans ces trois pays).

Pourtant, le marché, l’industrie et l’économie du solaire ne se limite pas à la seule production de panneaux. Si on élargit le champ de l’analyse (Etude de GTM pour Solar Energy Industries Association, août 2011), le tableau change notablement, ouvrant par là plusieurs motifs d’espoir et d’action. En premier lieu, le panneau n’est que l’étape finale (assemblage) d’une chaîne de valeur. La matière première du processus est le silicium polycristallin, qui est obtenu par réduction de la silice (sable, quartz) puis purification. Cette matière première est ensuite tranchée en plaques minces (wafers), enrichie en éléments pour favoriser la conduction électrique et équipée de bandes métalliques pour faire circuler le courant. On obtient ainsi des cellules, ensuite assemblées en modules (panneaux). Le polysilicium de départ représente à lui-seul 30% du coût de fabrication d’un panneau et 20% d’un système complet de production d’électricité photovoltaïque. En raison des coûts d’investissement et des économies d’échelle, le marché est très concentré. Six acteurs détiennent à eux-seuls 58% du marché mondial en 2011 : deux américains, un allemand et un norvégiens (les producteurs historiques) et deux challengers plus récents (un chinois et un coréen). Résultat : fort de leur position sur le marché, les Etats-Unis ont exporté en 2010 pour 2,5 milliards $ de cette matière première indispensable à la production des panneaux solaires, dont 900 millions vers la Chine. En outre, pour réaliser toutes les étapes de transformation décrites plus haut, il faut des équipements très spécialisés. Les exportations américaines de telles machines se sont élevées à 1,4 milliard $ en 2010, dont à nouveau 900 millions vers la Chine.

A l’opposé de bien des idées reçues et en dépit d’importations massives de panneaux (1,15 milliard $), la balance commerciale des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine est ainsi en 2010 positive à hauteur de 400 millions $ environ. Certes, la montée en puissance de la Chine dans la production de silicium et la demande soutenue aux Etats-Unis modifiera sans doute ce résultat. Mais il a l’intérêt de souligner l’importance de ne pas s’arrêter aux seuls biens finaux et de considérer aussi les produits intermédiaires dans les choix industriels de spécialisation, d’investissement et d’effort technologique.

Le second enseignement de cet exemple du solaire est qu’il ne faut pas négliger les nombreux services associés à la production des biens. Des modules photovoltaïques ne font pas à eux-seuls un système de production d’électricité : il faut également un travail de conception, d’ingénierie, de montage et d’installation, l’ajout de logiciels et équipements électriques, puis ensuite au long de la durée de vie de l’équipement, la maintenance et les réparations éventuelles. En résumé, toute une série de services, forcément locaux, dont la valeur combinée s’élèvera selon les cas entre 30% et 60% du coût total du système. Le poids de ces services domestiques, combiné au rôle des producteurs américains (décrit plus haut, certes minoritaire mais significatif) dans la chaîne de valeur des modules photovoltaïque, explique pourquoi en 2010 la valeur ajoutée de ce secteur reste très majoritairement d’origine américaine, à hauteur de 73 % ! A travers cet exemple, on mesure combien il faut absolument considérer les produits intermédiaires et les services liés dans l’évaluation de l’impact économique d’un secteur industriel et l’orientation sectorielle des politiques publiques de soutien au « produire en France ».



jan 18

Au delà des finances publiques, l’impact incertain de la perte du AAA sur les entreprises publiques

Economie |

Les enjeux de la perte de la note AAA de la dette souveraine française vont bien au delà des seuls éléments budgétaires et d’endettement public. On mentionne à juste titre les effets prévisibles sur les collectivités locales ou encore les institutions financières publiques (Caisse des dépôts, FSI, CADES…) ou non (banques). Mais cela concerne aussi les entreprises non financières, industrielles et de services, dans lesquels l’Etat est actionnaire majoritaire ou unique. Pour celles-ci, avoir comme principal détenteur du capital un acteur possédant la meilleure note possible d’endettement, bénéficie à leur propre capacité d’endettement (taux, garantie) et améliore leur propre note.

On peut illustrer le raisonnement avec le cas d’Areva. Le 20 décembre dernier, Standard & Poor’s (l’agence de notation qui suit l’entreprise) a annoncé une baisse de deux crans lde a note d’Areva en raison de la dégradation des perspectives de résultats et de profits. Provisions multiples, pertes opérationnelles, besoins élevés à venir en capitaux donc endettement croissant, le tout sur fond de perspectives de croissance assombries, ces éléments combiné ont conduit à abaisser la note long terme (qui concerne les dettes de plus d’un an) de l’entreprise considérée seule de bb+ à bb-. Ce niveau correspond à une mauvaise qualité des titres, popularisée sous le vocable de junk bond ! Mais, Areva étant détenue à 87% par l’Etat français est considéré par S&P comme une « governement-related entity », ce qui signifie qu’en cas de problème financier grave, il y a une très grande probabilité que l’Etat soutienne l’entreprise avec la rapidité et les moyens requis. Cet Etat bénéficiait (jusqu’à vendredi dernier) de la meilleure note AAA. Cela justifie pour S&P une amélioration de trois crans par rapport à l’évaluation seule de l’entreprise. Dès lors, l’infamant bb- devient un plus acceptable bbb-, ouf juste au dessus de la limite des junk bonds ! Mais qu’en sera-t-il désormais après la perte de la note AAA de l’Etat français ? Pour Areva, il y a donc un risque (difficile à évaluer aujourd’hui mais inévitable) d’abaissement de sa note, peut être jusqu’à ce niveau de mauvaise qualité, avec toutes les difficultés de négociation et le coût accru (taux d’intérêt) que cela implique.

Tout cela n’est pas anodin car de nombreuses entreprises sont également concernées. L’APE (Agence des Participations de l’Etat, structure créée en 2004 directement rattachée au ministre de l’économie qui représente l’Etat actionnaire dans les entreprises) recense dans son rapport annuel 2011 pas moins de 57 entreprises. Un premier groupe rassemble celles dans lesquelles l’Etat a une participation minoritaire d’importance variable (Safran, GDF Suez, France Telecom, Semmaris (Rungis), Air France, Renault, Thales, EADS). Les autres font l’objet d’une intégration globale (l’Etat ayant la majorité du capital) et sont donc concernées également par la problématique présentée plus haut. La liste comprend : DNCS et Nexter (armement), Radio France et France Télévisions (médias), les aéroports (Paris, Nice, Toulouse, Lyon, Bordeaux…), les ports maritimes (Bordeaux, Dunkerque, Le Havre, Marseille) et RFF (voies ferrées), Areva, EDF, SNCF et RATP, La Française des Jeux et La Poste.

Alors qu’on parle sans arrêt de la nécessaire politique industrielle, la liste des secteurs concernés (armement, énergie, infrastructures de transport, services de transport, médias) souligne l’importance de la note de l’Etat pour ces acteurs (qui tous doivent lever des capitaux pour mener à bien leur indispensable stratégie d’investissement), donc les incertitudes supplémentaires que fait peser son évolution récente.