Après une période d’intense actualité et d’espoirs parfois excessifs (création de centaines de milliers d’emplois), la thématique environnementale affronte aujourd’hui une phase de doute. En témoignent son faible poids dans la campagne présidentielle ainsi que la déception à l’annonce des faibles chiffres d’emplois effectivement créés ces deux dernières années dans le domaine. Si son importance reste largement admise, à la fois comme contrainte de long terme et comme potentiel d’activités économiques futures, on peine à identifier clairement les contours possibles de ces activités et présenter de « belles histoires ». Pourtant si on quitte l’échelle nationale ou européenne, on trouvera dans les territoires une multitude d’initiatives et de projets qui autorisent une lecture plus optimiste et confiante.
Le concours Crisalide éco-activités, lancé en 2008 par Créativ et soutenu par une trentaine de partenaires (entreprises et collectivités locales) en fournit un bel exemple. Il s’adresse aux PME de Bretagne, Pays de la Loire ou Cotentin, du secteur industriel ou des services aux entreprises, offrant une « éco-solution » innovante pour le territoire. L’intérêt de ce concours est qu’il ne se limite pas à l’originalité de l’innovation proposée mais examine aussi ses conditions de viabilité, de développement et d’impact économique dans l’entreprise qui la porte.
Les différents prix (« création et jeune entreprise » et « écotechnologies », plus trois mentions spéciales « innovation sociale », « mobilité décarbonée » et « développement international ») de la 4ème édition du concours ont été remis mardi dernier à Rennes. Membre du jury cette année, j’ai eu l’occasion d’étudier en détail les différentes candidatures présentées. Les lauréats choisis illustrent à mon sens la variété et les nombreuses pistes d’exploration offertes par l’éco-innovation. En voici trois exemples.
Galet vert (lauréat de la création d’entreprise) est le produit de la diversification d’une entreprise spécialisée dans la production de plants maraichers pour professionnels. Associée au néerlandais Visser (équipements pour l’horticulture), la nouvelle entreprise a développé et breveté un système de caissettes pré-végétalisées destinées à la réalisation de toitures végétales. Le recours à des caissettes permet de fixer facilement le toit même en pente sur des rails, d’intégrer l’arrosage et d’industrialiser la production. L’innovation tient ici à la fois à la solution proposée et au marché final visé. Le toit végétalisé offre en effet une bonne isolation thermique, une qualité visuelle et permet de limiter le rejet de eaux d’orage. Encore de petite taille ce marché est cependant en pleine expansion (1, 2 million de m2 en 2010, vingt fois plus qu’en 2002) et prometteur (1/6ème des constructions neuves en Allemagne ont des toitures végétalisées).
Cabreta, qui a reçu la mention spéciale mobilité décarbonée, est un carrossier spécialisé dans la fabrication de bennes pour véhicules utilitaires. Face à la crise de 2009 et la forte chute des commandes associée, l’entreprise a réagi par une innovation produit en recourant à un acier THLE qui offre une résistance accrue, donc autorise des épaisseurs de tôles réduites et un poids plus faible de la nouvelle benne pour une capacité de chargement accrue. La réduction de la consommation de carburant et l’augmentation de la charge utile améliorent donc l’efficacité de l’utilisation du véhicule. Le point remarquable de cette innovation est qu’elle a permis à l’entreprise de rebondir après une période difficile avec un produit plus efficace, source de gains environnementaux, et valorisé avec succès puisqu’elle réussit à le commercialiser à un prix plus élevé.
Enfin, les Paniers de la mer sont un bel exemple d’initiative sociale à dimension environnementale. Il s’agit d’une démarche associative, lancée dans plusieurs ports il y a une dizaine d’années, visant à valoriser les rebuts de la pêche (les poissons dits de retrait définitif retirés du marché car n’atteignant pas le prix minimum de la criée et détruits ou transformés en farines pour l’alimentation animale ou matière première de cosmétiques). La fédération des associations locales emploie aujourd’hui plus de 120 personnes. Cette initiative est remarquable car elle contribue à la fois à trois objectif : l’emploi (schéma classique d’insertion de main d’œuvre locale en risque d’exclusion du marché du travail), la formation professionnelle (au métier de mareyeur qui manque aujourd’hui de personnel qualifié), et la diversification de l’alimentation (des bénéficiaires de l’aide alimentaire, puisque le poisson transformé est donné aux banques alimentaires) tout en luttant contre le gaspillage des produits de la pêche.














